Humeur

  • Macaron anti-pollution, une usine à gaz genevoise

    illustration900x450stickair_1.jpgAvec fierté, le Conseil d’Etat a annoncé début novembre que Genève sera le premier canton suisse à copier le macaron français Crit’air, rebaptisé « Stick’AIR ». La CCIG dénonce une mesure démagogique et inefficace. Depuis que l’on mesure la pollution de l’air, la qualité de notre air n’a cessé de s’améliorer. Ces 30 dernières années, en Suisse, les émissions de NOX ont diminué de 60%, celles de particules fines de 50% et celles de SO2 de 90%.

    Le macaron anti-pollution est une mesure prévue par le protocole d’accord sur la qualité de l'air franco-valdo-genevoise PACT'AIR signé en janvier 2018. Si le canton de Vaud, également signataire, a déclaré à l’époque qu’il n’instaurerait pas ce macaron, ce n’est pas le cas de Genève. Lors du processus parlementaire, les milieux économiques et automobiles ont tenté de démontrer que ce macaron, dont la légalité est par ailleurs contestée, n’était pas une mesure efficace pour lutter contre les épisodes de smog. En vain. Trop heureux de se donner une image verte sur le dos des automobilistes pendulaires, le Parlement genevois, exception faite du PLR et de l’UDC, a adopté le projet de loi présenté par le Conseil d’Etat.

    Genève est donc en train de mettre sur pied une usine à gaz dont il a le secret pour un résultat dont on parie qu’il sera nul. En effet, le canton possède déjà un dispositif permettant la restriction temporaire de la circulation motorisée en cas de pollution de l’air. Ce dispositif prévoit même un arsenal de mesures plus sévères que les autres cantons suisses : circulation alternée sur tout le territoire du canton, suspension des restrictions à la durée du stationnement, fermeture de la bretelle autoroutière à l’échangeur du Vengeron, etc. La circulation alternée n’a cependant jamais été activée, car les seuils de déclenchement n’ont jamais été atteints. Et pourtant, nos normes anti-pollution sont plus strictes que les normes européennes et même que les recommandations de l’OMS.

    Quel sens cela –t-il en termes d’effet sur la pollution de vouloir interdire la circulation d’une minorité de véhicules au centre de l’agglomération, un périmètre très restreint par rapport à la surface du canton ? aucun. Surtout que dans ce périmètre, les chauffages des immeubles sont bien davantage responsables des émissions de particules fines que les automobiles. Avec ce genre de mesures, nos politiques se donnent tout simplement bonne conscience sur le dos du bouc émissaire à la mode, l’automobiliste. D’ailleurs, tant la Confédération que la quasi-totalité des cantons s’opposent à la création de ce type de zones environnementales, leur rapport coût-efficacité étant mauvais.

    Si l’on voulait véritablement accélérer le renouvellement du parc de véhicules à moteur, il vaudrait mieux fixer des incitations dans l’impôt cantonal sur les véhicules à moteur.

  • Le 31 décembre : c’est rideau pour les commerces !

    commerce de détail,syndicat,fermeture,réveillon,31 décembreLe 31 décembre, jour de la restauration de la République, est un jour férié à Genève, mais traditionnellement les magasins sont ouverts jusqu’à 17 heures. La loi sur les heures d’ouverture des magasins permet en effet une dérogation en cas d’accord entre les partenaires sociaux. Accord, il n’y a hélas pas cette année et, sauf revirement de dernière minute, les magasins genevois seront fermés le 31 décembre prochain. Alors que le commerce local est à la peine, il est désolant d’arriver à pareille situation de blocage.

    Le mot « accord » inscrit dans la loi est vague et, avant l’existence de la convention collective cadre du commerce de détail, la ratification d’un protocole par les syndicats et les employeurs suffisait. Celui-ci devait simplement fixer les compensations à accorder au personnel travaillant le 31, compensations qui se montaient à 200% du salaire et un jour de congé. Depuis 2011, le secteur n’a plus de convention et le dialogue entre les partenaires sociaux s’est considérablement durci. La situation est aujourd’hui bloquée car les syndicats revendiquent des hausses de salaires impossibles à assumer par les petits et moyens commerces.

    Si la réunion de la dernière chance, prévue avec le Département de l’économie le 10 octobre, se solde par un échec définitif, point d’ouverture le 31 décembre. Ce sera une perte sèche pour les commerces genevois et leurs employés. Les commerçants français et vaudois se frottent déjà les mains de cette nouvelle Genferei.

  • La vieille dame

    Je ne la vois pas monter dans le bus. Je ne l’entends pas pleurer tout de suite. Le bus ne démarre pas. Le chauffeur se lève et se dirige vers elle : « ça ne va pas Madame ? » Brouhaha. Murmures. Je me retourne. Je ne la distingue pas, elle est recroquevillée sur son siège. Le bus démarre. La femme continue à gémir. Deux arrêts plus loin, elle descend.
     
    Je la vois maintenant. C’est une femme âgée, frêle. Elle titube. Elle s’affaisse dans un buisson épineux. Une jeune femme descend, l’aide à se relever. Ce n’est pas mon arrêt. Je descends. Le chauffeur prévient la centrale. La passagère est hors du véhicule. Il ne peut rien faire, seulement appeler une patrouille de police.
     
    La jeune femme et moi prenons la vieille dame par le bras. Elle pleure toujours, se débat : « laissez moi, je veux rentrer chez moi. » Elle sent l’alcool. Mais l’alcool n’est pas son seul problème. Nous lui demandons son nom, son adresse. Est-ce que quelqu’un l’attend chez elle ? A deux, nous parvenons à peine à la maintenir debout. Nous tentons de la consoler. En vain, évidemment.
     
    Maintenant devant chez elle, nous ne pouvons pas la laisser seule. Et si l’appartement était vide ? Et si elle se jetait par la fenêtre ? Quelqu’un doit la connaître dans le quartier. J’entre dans la pharmacie proche. Oui, elle est connue. Oui, elle a des problèmes. Une employée vient nous aider.
     
    J’appelle le 144. Une femme sort de l’immeuble. Elle connaît la vieille dame, la prend dans ses bras. Toujours des pleurs. Doigts jaunis, la vieille dame veut fumer. J’allume sa cigarette. Nous l’asseyons sur un escalier, attendons l’ambulance. Un jeune homme sort de l’immeuble. C’est son fils. Tristesse dans les yeux. Il a l’habitude.
     
    J’entends la sirène. Pleins de douceur, les ambulanciers essaient de réconforter la vieille dame. Elle sanglote toujours. Ils vont prendre ses constantes. Je pars en souhaitant bon courage au jeune homme.
     
    Je tremble. Je n’ai pas l’habitude, moi. Je me demande si tendre la main fait souffrir plus longtemps que détourner le regard.
     
    La vieille dame m’a déjà oubliée. Je ne l’oublierai pas