Les entreprises engagées pour le climat

Que l’on croit ou pas au réchauffement climatique et à son caractère anthropique, que l’on croit ou pas les experts du GIEC, que l’on adule Greta Thunberg ou qu’on la méprise, la mise en œuvre de politiques de tarification du carbone s’accélère au niveau international. Les revenus générés par ces politiques sont colossaux, à la mesure des enjeux politiques et économiques. Saluée à l’étranger, la politique climatique suisse sera un des grands thèmes des élections fédérales.

La Suisse fait partie des pays les plus performants dans la lutte contre le réchauffement climatique, selon l’Indice de performance climatique 2019 (CCPI) réalisé par l’organisation Germanwatch. Cet indice se base sur une analyse des efforts de 56 pays qui provoquent ensemble 90% des émissions mondiales.

Grâce à ses bons résultats en matière d’émissions de gaz à effet de serre et d’économies d’énergie, la Suisse est dans le peloton de tête des pays qui luttent le plus efficacement contre le réchauffement climatique. Elle se classe cette année au neuvième rang, gagnant trois places par rapport à 2018.

La performance de la Suisse est également relevée par l’Organisation de coopération et développement économiques (OCDE). C’est en particulier le cas en matière de taxation du carbone, puisque, selon l’OCDE, la Suisse est le pays membre qui se rapproche le plus de la vérité des coûts du CO2, c’est-à-dire que l’écart entre le prix taxé et le « vrai » prix du carbone y est le plus faible.

Au niveau fédéral, la Stratégie énergétique 2050 et la loi sur le CO2 sont les deux instruments de la politique climatique helvétique. Pour réduire les émissions de co2, la Suisse mise sur une taxe frappant les combustibles, fixée à 96 francs la tonne en 2018. Cette taxe rapporte environ 1,2 milliard de francs par an. Un tiers des recettes (450 millions de francs au maximum) est affecté au Programme Bâtiments, ce qui permet à la Confédération et aux cantons de financer des assainissements énergétiques. Deux tiers sont redistribués par la Confédération entre les entreprises et la population.

PME et sociétés cotées sont de plus en plus nombreuses à vouloir diminuer leurs émissions de carbone ou à les compenser, comme le relevait récemment dans la presse Stephen Neff, directeur de la fondation myclimate (cf. AGEFI du 09.08.2019). Pour ce faire, elles peuvent s’appuyer par exemple sur l’Agence de l’énergie pour l’économie, créée spécialement pour elles en 1999 par economiesuisse et l’Union Suisse des arts et métiers. Fin 2017, plus de 3’800 entreprises avaient conclu 2’213 conventions d’objectifs avec l’aide de l’AEnEC, avec à la clé des mesures d’amélioration qui ont entraîné une réduction de 80 000 tonnes des émissions de CO2. Des économies égales aux émissions dues au chauffage de 100’000 maisons individuelles.

Toutes ces mesures vont dans un sens positif pour le climat ; elles favorisent aussi l’innovation technologique et la naissance de nouvelles entreprises, notamment dans le domaine de l’économie verte. Cependant, les mesures climatiques ont un coût, d’où l’importance pour un pays d’exportation comme le nôtre de veiller à préserver la capacité concurrentielle des entreprises. Un impératif à garder à l’esprit en vue de la révision totale de la loi sur le CO2.

Pour l’économie, l’objectif est de parvenir rapidement à une loi sur le CO2 tenant compte des besoins des entreprises. Pour atteindre l’objectif ambitieux du Conseil fédéral et de l’accord de Paris sur le climat (réduire d’ici 2030 les émissions de gaz à effet de serre de 50% par rapport à 1990), il faut impérativement de la flexibilité et des instruments de marché.

Intégrer les enjeux climatiques dans les politique d’entreprises tout comme dans les politiques publiques est plus que jamais un défi, mais aussi une chance, car, comme l’écrivait Nicolas Machiavel, « la fortune ne change que pour ceux qui ne savent pas se conformer au temps ».

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