13/01/2017

La guerre des transports : une recette qui garantit l’indigestion

Prenez un projet lié à la mobilité, ajoutez-y un monde associatif en mal de visibilité, une louche de mauvaise foi, mélangez bien, laissez mijoter très longtemps et servez bien chaud afin de s’assurer que tout le monde se brûle les doigts.

Telle est, en substance, la recette de l’aménagement des transports dans notre canton. Une recette ancestrale que certains milieux s’évertuent à inscrire quotidiennement au menu politique.

Or, à force, l’indigestion guette. Plusieurs associations annoncent ainsi avoir déposé un recours contre l’autorisation de construire de la future route des Nations. Motif avancé : l’autorisation de construire ne ferait pas suffisamment place à des mesures en faveur de la mobilité douce et des transports publics.

En matière de transports, on pensait pourtant la hache de guerre enterrée. En juin de cette année, la population genevoise plébiscitait en votation la loi « pour une mobilité cohérente et équilibrée », fruit d’un compromis âprement débattu au Grand Conseil. Cette loi, appelée à définir la manière dont le canton doit gérer les priorités en matière de politique des transports, fait une large place à la mobilité douce et aux transports publics, en particulier en ville. Lors de son adoption, elle a été présentée par ses auteurs comme le compromis qui mettrait un point final à la guerre des transports. Tout le monde ou presque s’y retrouvait et Genève allait pouvoir avancer.

L’encre de la loi est à peine sèche que l’on décide de remettre le couvert. Les recourants mettent en doute la réalisation des projets de transports en commun ? La loi sur le réseau des transports publics stipule pourtant très clairement que la ligne de tram 15 sera prolongée jusqu’au Grand-Saconnex dès que la route des Nations sera construite. Difficile d’être plus clair… En faisant recours contre la construction de la route des Nations, la réalisation de cette ligne de tram est donc potentiellement retardée. Comme quoi, les amis des transports publics ne sont pas forcément ceux que l’on croit…

Qui plus est, la construction de la route des Nations implique des mesures de suppression du trafic de transit dans les communes adjacentes et en faveur de la mobilité douce. Les habitants de Genève, du Grand-Saconnex et de Pregny-Chambésy seront les premiers à en profiter au quotidien, ce qui est confirmé dans le rapport d’impact environnemental du projet.

Au final, ce recours doit être considéré pour ce qu’il est : un coup de publicité de ses auteurs, sans raison d’être et lancé au détriment de l’ensemble des Genevois. Espérons qu’il sera rejeté comme il se doit et que Genève pourra se prendre à rêver d’une percée positive sur le front de la mobilité cantonale.

07/09/2015

Coup de projecteur sur l’initiative cantonale « Pour des transports publics plus rapides ! »

tpg.jpgLa vitesse commerciale et, plus généralement, l’efficacité générale des transports collectifs est un objectif largement partagé. Mais les mesures efficaces sont préférables aux effets d’annonce. Voilà pourquoi le Groupement Transports et Economie (www.gte.ch), comme le Grand Conseil d’ailleurs, s’oppose à l’initiative des Verts « Pour des transports publics plus rapides ! » En proposant une solution simpliste à un problème complexe, l’initiative manquera fatalement son objectif. Au surplus, elle touchera le trafic professionnel de plein fouet. En accroissant en réalité les engorgements, elle entraînerait une dégradation des conditions de circulation des véhicules professionnels.
 
Genève et ses transports collectifs : une mauvaise performance toute relative
Les TPG ne sont pas les transports collectifs les plus rapides de Suisse mais, contrairement à ce que pense plus d’un Genevois, leur performance n’est pas si mauvaise que cela. L’association actif-trafiC a ainsi publié en 2012 une comparaison de 53 réseaux de transports collectifs suisses, englobant aussi bien les grandes villes du pays que les régions périphériques. Et Genève fait très bonne figure en se classant troisième, derrière Zurich et St-Gall, devant d’autres grandes villes comme Berne (5e), Fribourg (12e), Bâle (15e) ou encore Lausanne (17e). En élargissant le champ d’analyse au-delà de la simple question de la vitesse commerciale et en considérant des variables comme le prix, la fréquence de passage et l’âge du parc de véhicules, l’étude permet de se rendre compte que les TPG sont parmi les transports collectifs les plus concurrentiels du pays. Avec l’inauguration du CEVA, la performance genevoise s’en trouvera encore améliorée.
 
La vitesse commerciale : une variable plus complexe qu’il n’y paraît
Les Verts affirment vouloir s’attaquer au handicap de la vitesse commerciale en généralisant partout et en tout temps les ondes vertes pour les seuls transports collectifs. Mais la vitesse commerciale et l’efficacité générale des transports en commun sont-elles le seul fait de questions de priorité ? L’absence de priorité absolue aux transports collectifs explique-t-elle que l’aigle genevois circule plus lentement en transports collectifs que l’ours bernois ? Rien n’est moins sûr. La vitesse commerciale est ainsi également tributaire de la configuration des lieux, de la proximité entre arrêts, des flux de passagers, et ainsi de suite. Et force est d’admettre que Genève n’a malheureusement pas les meilleures cartes en main.
Lorsque l’ours bernois file sur une Monbijoustrasse aussi large que rectiligne, l’aigle genevois est au même moment en train de zigzaguer péniblement entre la Rue du Stand, la Place Bel-Air et la Rue de Coutance, tout en stoppant à de multiples arrêts et en s’efforçant de ne pas écraser des piétons aussi pressés que distraits. De quoi, effectivement, perdre des plumes en termes de vitesse…
 
Un remède de nature à achever le patient plutôt qu’à le guérir…
Le caractère simplificateur de l’initiative la rend contreproductive. En effet, compte tenu de la densité du réseau routier genevois et de sa configuration, la priorisation absolue des transports publics rendrait justement impossible la gestion des carrefours en vue de maximiser leur capacité et la fluidité générale du trafic. On verrait apparaître des situations où la priorité accordée aux transports collectifs sur un axe dit « fort » (la rue de la Servette par exemple) paralyserait la circulation sur tous les axes perpendiculaires et, partant de là, sur l’ensemble du réseau routier du périmètre. À la clé, non pas une fluidité accrue de la circulation, mais bel et bien sa paralysie accrue. Et tous les usagers de la voirie en seraient les victimes.
Les initiants se contenteront de répondre qu’il suffit de développer les sites propres. Or la configuration des rues empêche d’instaurer des sites propres partout, sauf à supprimer le trafic individuel sur la majeure partie du réseau routier, ce qui est exclu du point de vue du Groupement Transports et Economie.
Plutôt que de raisonner en termes absolutistes, Genève doit miser sur gestion intelligente et différenciée des flux de circulation. Et cette manière de faire est déjà privilégiée aujourd’hui. Les transports collectifs bénéficient ainsi de la priorité aux carrefours où cela a du sens. En parallèle, il existe moult possibilités d’améliorer la vitesse commerciale des transports collectifs sans nuire outre-mesure à celle du trafic individuel. Il en est ainsi par exemple de la voie réservée aux bus sur le Pont du Mont-Blanc.
 
Un simplisme à refuser
La priorisation des transports collectifs doit se faire de manière intelligente, en tenant compte de la configuration des lieux et des contraintes du réseau routier pris dans son ensemble. Cette priorisation est déjà en place en de nombreux endroits où cela a du sens et l’initiative n’en est que plus inutile.
La Commission des transports du Grand Conseil s’étant déclarée en faveur de l’élaboration d’un contreprojet, encourageons les députés à prendre en compte les besoins de tous les usagers et de tous les modes, dans une optique de fluidité de la circulation et de gestion intelligente des flux. Le trafic professionnel doit aujourd’hui déjà composer avec des conditions difficiles. Evitons donc de lui mettre de nouveaux bâtons dans les roues !

 

Crédit photo: TPG

11:15 Publié dans Air du temps, Circulation, Economie, Genève, Mobilité | Tags : tpg, mobilité, circulation, in 154 a, transports publics | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |