08/11/2016

Nucléaire : Pour une sortie raisonnée et organisée

La Suisse a décidé en 2011 de sortir du nucléaire. Le Parlement a mis 5 ans pour mettre sur pied la stratégie qui va nous permettre de nous passer des 5 centrales qui fournissent aujourd’hui environ 40% de la production électrique suisse. Il a décidé de ne pas fixer de date précise pour la fermeture des centrales nucléaires, afin que la Suisse ait le temps de sécuriser son approvisionnement en électricité et que les exploitants et la Confédération puissent régler la question financière des investissements et du démantèlement des installations.

La votation du 27 novembre sur la mal nommée initiative « Sortir du nucléaire » ne porte donc en réalité pas sur la sortie du nucléaire, mais sur l’organisation de cette sortie. Si l’initiative des verts est acceptée, trois centrales suisses seront débranchées en novembre prochain. Trois centrales fermées, ce serait 15% d’électricité produite en moins. Sachant que malgré toute la bonne volonté du monde, il sera impossible de réduire notre consommation de 15% en 12 mois ou d’augmenter suffisamment la production d’électricité renouvelable, il faudra importer du courant produit par des centrales nucléaires françaises ou des centrales à charbon allemandes. Le nucléaire français est-il plus sûr que le nôtre ? Le charbon allemand est-il meilleur pour l’environnement ?

Plus personne ou presque en Suisse ne remet en question l’abandon du nucléaire, le développement des énergies renouvelables et l’accélération des économies d’énergie. Mais il faut laisser du temps au temps. Les partisans de l’initiative imaginent que dans 12 ans, la Suisse aura pu fermer ses centrales, couvrir ses toits de panneaux photovoltaïques et ses monts d’éoliennes et diminuer sa consommation très fortement. Nous ne partageons pas cet optimisme.

Une éolienne standard (2 à 3 MW) alimente 1000 à 1700 ménages suisses en électricité et notre pays en dénombre aujourd’hui à peine une trentaine. Suppléer de manière ponctuelle à l’arrêt provisoire d’un ou deux réacteurs nucléaires est une chose, c’en est une autre que de décider de toutes les arrêter en se disant qu’on trouvera bien une solution.

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. Faisons donc le choix d’une sortie du nucléaire raisonnée et organisée, qui permettra à d’autres moyens de production, renouvelables, d’être mis en place sans devoir dépendre trop de l’étranger. Et préservons par la même occasion la sécurité d’approvisionnement qui est la nôtre, et qui nous semble tellement naturelle que nous n’imaginons même pas ce qui se produirait si nous la perdions.

18/09/2015

Transition énergétique : un dossier à haute tension

La polémique sur la nécessité ou pas de fermer immédiatement la centrale nucléaire de Beznau survient comme par hasard quelques semaines avant la reprise du débat parlementaire sur la future politique énergétique de la Suisse. Faut-il y voir un lien ? La Suisse a décidé de toute manière de mettre un terme à sa production de courant nucléaire. Si la décision politique a été prise en un clin d’œil en 2011, la transition énergétique se révèle très complexe à mettre sur pied et le projet, en l’état, ne convainc pas. Pourquoi ?

Tout d’abord, la sécurité d’approvisionnement diminuera, du fait de la mise en place quasi-exclusive d’une production d’électricité irrégulière et saisonnière (vent et soleil). Il faudra importer massivement de l’électricité fossile et nucléaire. Déjà dépendante des pays pétroliers, la Suisse deviendra aussi plus dépendante des pays voisins producteurs de courant.

Le prix de l’énergie – quant à lui - augmentera. Problème, les experts s’affrontent à coups de projections, et bien malin qui peut dire combien coûtera au final la transition énergétique. Une chose est certaine : personne ne sera épargné par les hausses de taxes qui frapperont l’essence, le fuel et l’électricité. La Suisse pourra-t-elle mettre en œuvre un programme aussi ambitieux sans mettre en danger une partie de l’industrie et des emplois ?

Enfin, la première étape (dont débat actuellement le Parlement fédéral) ne permettra d’atteindre que la moitié des objectifs. La seconde, une réforme fiscale écologique, a déjà fait l’objet d’une forte contestation au stade de la consultation. À ce jour, le scénario qui verrait la mise en place d’une politique énergétique qu’on ne pourrait pas financer faute d’accord politique ne semble donc pas totalement exclu.

Il n’est pas question de revenir sur la décision de fermer les centrales nucléaires suisses, mais le projet doit encore être sérieusement amélioré. Pour le moment, les voix critiques sont très nombreuses. Le peuple aura donc sans doute le dernier mot. S’il a l’impression qu’on lui cache une partie de la vérité, le savant projet de transition énergétique sur lequel le gouvernement planche depuis quatre ans passera sans nul doute à la trappe.

Article paru dans l'Agefi du 18.09.15

04/03/2015

Climat : éviter les défis utopiques

Doris Leuthard a annoncé la couleur: le Conseil fédéral a fixé un objectif très élevé dans la perspective de la conférence de Paris qui se tiendra en décembre prochain. Les émissions de gaz à effet de serre devront baisser de 50% d’ici 2030 par rapport à 1990, ce qui place la Suisse dans le peloton des pays les plus ambitieux. Si la Ministre de l’énergie s’est montrée optimiste et confiante dans la capacité des entreprises à relever le défi, du côté des milieux économiques, les réactions sont pour le moins réservées.

Avec ses 8 millions d’habitants, la Suisse ne produit que 0,1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Sa responsabilité dans le réchauffement climatique d’origine humaine est donc infinitésimale. Tant que des pays comme les Etats-Unis ou la Chine ne s’attelleront pas sérieusement au problème, personne ne remarquera d’effet sur le climat.

La Suisse n’a rien à se reprocher. Elle a rempli son objectif pour la première période d’engagement sous le Protocole de Kyoto. Elle s’est engagée à réduire ses émissions de 20% d’ici 2020. Mais en raison d’une production énergétique pauvre en émissions de carbone et de la faible présence d’industries lourdes sur le territoire national, chaque effort supplémentaire demandé aux entreprises et à la population est proportionnellement beaucoup plus onéreux en Suisse. La baisse des émissions passera forcément encore par des hausses de taxes et par un durcissement des contraintes dans les domaines des transports et des bâtiments.

L’économie ne remet pas en question l’engagement de la Suisse dans les négociations sur le climat. Cependant, entre un projet de stratégie énergétique 2050 à la limite de la démesure et une réforme fiscale écologique qui s’annonce redoutable, l’économie recommande d’éviter les défis utopiques.

Ceux qui réclament sans cesse que la Suisse montre l’exemple au reste du monde devraient changer de discours. Le reste du monde ne nous regarde pas dans l’espoir que nous lui montrions la voie de la vertu. Chaque pays cherche d’abord à défendre ses intérêts économiques. Aucun ne les sacrifiera au nom de la protection du climat. A nous de faire de même et de veiller qu’en Suisse, la course à l’excellence climatique fasse davantage de gagnants que de perdants.