18/09/2015

Transition énergétique : un dossier à haute tension

La polémique sur la nécessité ou pas de fermer immédiatement la centrale nucléaire de Beznau survient comme par hasard quelques semaines avant la reprise du débat parlementaire sur la future politique énergétique de la Suisse. Faut-il y voir un lien ? La Suisse a décidé de toute manière de mettre un terme à sa production de courant nucléaire. Si la décision politique a été prise en un clin d’œil en 2011, la transition énergétique se révèle très complexe à mettre sur pied et le projet, en l’état, ne convainc pas. Pourquoi ?

Tout d’abord, la sécurité d’approvisionnement diminuera, du fait de la mise en place quasi-exclusive d’une production d’électricité irrégulière et saisonnière (vent et soleil). Il faudra importer massivement de l’électricité fossile et nucléaire. Déjà dépendante des pays pétroliers, la Suisse deviendra aussi plus dépendante des pays voisins producteurs de courant.

Le prix de l’énergie – quant à lui - augmentera. Problème, les experts s’affrontent à coups de projections, et bien malin qui peut dire combien coûtera au final la transition énergétique. Une chose est certaine : personne ne sera épargné par les hausses de taxes qui frapperont l’essence, le fuel et l’électricité. La Suisse pourra-t-elle mettre en œuvre un programme aussi ambitieux sans mettre en danger une partie de l’industrie et des emplois ?

Enfin, la première étape (dont débat actuellement le Parlement fédéral) ne permettra d’atteindre que la moitié des objectifs. La seconde, une réforme fiscale écologique, a déjà fait l’objet d’une forte contestation au stade de la consultation. À ce jour, le scénario qui verrait la mise en place d’une politique énergétique qu’on ne pourrait pas financer faute d’accord politique ne semble donc pas totalement exclu.

Il n’est pas question de revenir sur la décision de fermer les centrales nucléaires suisses, mais le projet doit encore être sérieusement amélioré. Pour le moment, les voix critiques sont très nombreuses. Le peuple aura donc sans doute le dernier mot. S’il a l’impression qu’on lui cache une partie de la vérité, le savant projet de transition énergétique sur lequel le gouvernement planche depuis quatre ans passera sans nul doute à la trappe.

Article paru dans l'Agefi du 18.09.15

15/12/2014

En douceur… sauf la facture

Au terme du plus long débat de son histoire (24 heures) le Conseil national a accepté la Stratégie énergétique 2050, qui consacre la sortie du nucléaire mais en douceur. En effet, si aucune nouvelle centrale ne sera plus construite, celles en fonction actuellement pourront continuer de produire aussi longtemps qu’elles passeront les tests d’inspection. Pour plusieurs d’entre elles, cela signifie qu’elles fonctionneront au-delà de 2050. Sachant que près de 40% de l’électricité suisse est produite par les centrales nucléaires, ce n’est assurément pas une mauvaise nouvelle.

Le vote consacre aussi les objectifs de réduction de la consommation d’énergie et d’électricité ainsi que le développement des nouvelles énergies renouvelables (NER). Ceux-ci sont potentiellement lourds de conséquences pour l’économie. Tout d’abord, de quelle manière les économies d’énergie, extrêmement ambitieuses (-16% d’ici 2020), seront-elles obtenues ? Les programmes d’incitation et l’amélioration de l’efficience énergétique peuvent difficilement atteindre un tel objectif. Cela signifie que le risque de rationnement nous pend au nez. Ensuite, les NER seront financées par une taxe de 2,3 cts / kWh au lieu de 1,5 ct. Les moyens destinés à l’assainissement énergétique des bâtiments vont par ailleurs augmenter considérablement. En d’autres termes, les consommateurs vont passer à la caisse.

L’industrie, et l’économie en général, seront donc touchées deux fois. Nous sommes convaincus qu’il est pourtant possible de définir une politique énergétique qui ménage les ressources sans plomber l’économie. La balle est à présent dans le camp du Conseil des Etats et, peut-être, du peuple, en cas de référendum.