05/10/2018

La voie solitaire n'est pas dans l'ADN de la Suisse!

C’estcommerce, autodétermination, initiative, Horizon 2020, isolationnisme, 25 novembre sous le slogan mensonger de l’autodétermination que l’initiative du 25 novembre prochain tentera de séduire la population et les cantons. Mais on ne doit pas tomber dans le piège : ce texte est une bombe en puissance. En cas d’application, il risque de faire péricliter des siècles de bonnes relations de la Suisse avec le reste du monde. En instituant la primauté du droit helvétique sur le droit international, c’est une balle dans le pied que se tirerait Dame Helvétie, à l’image du dessin de campagne des opposants. La récente mobilisation des entrepreneurs romands devant les médias le prouve, l’enjeu est déterminant non seulement pour la diplomatie, mais pour toute notre économie.

Si la faitière economiesuisse a lancé sa campagne de façon si active, c’est que plus de 600 traités sont menacés, couvrant des sujets allant du commerce à la propriété intellectuelle. En fait, on estime à 97 000 le nombre d’entreprises bénéficiant chaque jour des avantages de ces traités. Bien que non membre de l’UE, notre pays s’est bâti sur un astucieux réseau de coopération. Ignorer ce cadre juridique revient à ignorer la réalité des activités nationales : 9 entreprises exportatrices sur 10 sont des PME et la Suisse gagne près de 2 francs sur 5 à l’étranger ; à Genève, c’est même un franc sur deux. On n’ose pas imaginer les mesures de rétorsion qui découleraient d’une acceptation, alors même que Berne tente de calmer le jeu avec Bruxelles. Comment un petit patron genevois serait-il crédible auprès de son client étranger, qui serait considéré comme un partenaire inférieur, voire indésirable ? On ne peut pas dire que le peuple suisse doive se plier sans sourciller à la vindicte d’instances internationales. Comment expliquer sinon qu’il ait pu refuser l’EEE en 1992 et accepté d'adhérer à l'ONU en 2002 ? Notre Constitution autorise à se défaire d’un traité le cas échéant sans qu’on ait à tout détricoter.

L’expérience de février 2014 sur l’immigration de masse ne doit pas se répéter. Les dégâts d’image qui en ont suivi ont été désastreux. Quant aux dégâts sur l’économie, n’en parlons pas. Selon un rapport fédéral, ce texte aurait coûté 1,4 milliard à la seule recherche nationale, puisque de 2014 à 2016, l’accès au programme européen Horizon 2020 avait été quasiment verrouillé.

Il n’y a pas que la droite patronale qui se batte contre cette initiative, mais un comité représentant tout l’éventail politique. Contrairement à ce que pensent les isolationnistes, la voie solitaire ne figure pas dans l’ADN de la Suisse. La politique étrangère doit se baser sur des rapports de confiance et non de force. Vous l’aurez compris, la CCIG va se mobiliser jusqu’au dernier jour pour que l’on vote NON le 25 novembre prochain!

07/09/2016

Qui veut voyager loin ménage sa monture

economie verte, economie circulaire,empreinte écologique, environnement, votations, initiative, recyclage,  En 1997, la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève (CCIG) et l’Etat publiaient un «répertoire du savoir-faire environnemental » qui recensait, sur plus de 200 pages, les acteurs genevois publics et privés œuvrant dans le domaine de l’environnement. L’engagement « vert » de la CCIG et de ses entreprises membres ne date donc pas d’hier et il ne s’est pas démenti, suivant en cela l’évolution de la société tout entière. Le concept d’économie verte trouve aujourd’hui de plus en plus d’écho dans les entreprises qui y voient une opportunité, mais aussi potentiellement une menace si la transition verte est trop rapide. Tel est le problème posé par l’initiative dite « économie verte »; elle va trop loin trop vite. C’est pourquoi, la CCIG s’y oppose, à l’instar du Conseil fédéral.

Pour atteindre les objectifs de l’initiative, nous devrions tous diviser notre consommation au moins par trois en l’espace de 30 ans et modifier radicalement notre mode de vie : rationner voire supprimer les produits laitiers, la viande et les denrées alimentaires importées (chocolat, café, bananes, etc.), limiter nos déplacements (aussi pour les vacances), baisser le thermostat et la lumière dans nos logements. Les entreprises seraient naturellement elles aussi soumises à ce régime draconien. L’Etat devrait mettre en place tout un arsenal de taxes et de mesures de prohibition si d’aventure nous étions incapables de supporter pareille frugalité.

Déplacement du problème

Si elle était adoptée, cette initiative ne rendrait pas notre économie plus verte. Au contraire, elle la ferait dépérir, au détriment de chacun d’entre nous et au profit des entreprises et des emplois situés à l’étranger. Le tout sans aucune amélioration de l’environnement de la planète : la production qui ne se ferait plus chez nous se ferait au-delà de nos frontières, tout simplement. Et peut-être dans des pays où les normes sociales et environnementales sont plus laxistes qu’en Suisse, ce qui serait évidemment absurde.

La Suisse, bonne élève

Dans tous les domaines, il est toujours possible de s’améliorer. C’est aussi vrai quand il s’agit de rendre les modes de production et de consommation plus économes en ressources. Cependant, et sans pour autant tomber dans l’autosatisfaction, souvenons-nous que la Suisse est plutôt bonne élève en matière de sauvegarde de l’environnement. Nous sommes le pays européen qui utilise le plus efficacement ses ressources. Nous sommes dans le top 6 des champions de l’OCDE en matière de recyclage. Nous nous classons au premier rang des pays de l’OCDE les moins gourmands en énergie pour produire un franc de richesse. Enfin, nous sommes l’un des pays développés qui émet le moins de CO2 par habitant.

Alors oui : on peut toujours essayer d’aller plus loin plus vite. Mais diviser notre consommation par trois en 30 ans à coup de taxes, de réglementations, voire de normes de prohibition n’est ni réaliste ni supportable, que ce soit pour les entreprises comme pour la population.

Pour voyager loin il faut ménager sa monture. Continuons donc à ménager toujours mieux les ressources de la planète mais ménageons aussi nos entreprises et votons non le 25 septembre.

25/02/2015

Taxe sur l'énergie: trop d’effets pervers

taxe,énergie,votations,tva,initiative,impôtPour diminuer la consommation des énergies non renouvelables, la recette des Verts libéraux consiste à augmenter leur prix de manière massive. Une nouvelle taxe remplacerait la TVA, qui est la principale source de revenu de la Confédération. Apparemment, un impôt en remplacerait donc simplement un autre. En réalité, l’opération serait hautement douloureuse.

La TVA frappe presque tous les biens et services. C’est cette assiette très large qui permet d’avoir un taux d’imposition suffisamment modeste pour être relativement indolore. Le taux de la taxe sur l’énergie devrait être calculé pour rapporter autant que la TVA. Pour atteindre ce montant (22,6 milliards en 2013), la taxe devrait avoisiner 3,3 francs par litre de mazout, 3 francs par litre d’essence et 33 centimes par kilowattheure en 2020. Le mazout coûte actuellement dans les 0,80 Fr. le litre, l’essence environ 1,50 Fr. et le kilowattheure entre 0,19 et 0,20 Fr. Un consommateur qui remplit aujourd’hui sa citerne pour 800 francs devrait dans cinq ans débourser environ 3'800 francs, plus de 240 francs pour un plein d’essence et plus de 2'300 francs pour son électricité. Face à de tels prix, nul doute que la consommation d’énergie diminuerait. La taxe serait même tellement incitative qu’il faudrait sans cesse l’augmenter pour qu’elle continue à rapporter à la Confédération de quoi financer les politiques publiques que sont la formation, les transports publics ou encore la sécurité. La situation serait tout bonnement insupportable.

L’initiative « remplacer la TVA par une taxe sur l’énergie » illustre l’erreur conceptuelle qu’il y a à fixer un double objectif à une taxe, en l’occurrence à la fois inciter à ne plus consommer d’énergies non renouvelables et assurer les moyens de financement de l’action de l’Etat. Comme le rappelait à juste titre le professeur Jean-Daniel Delley dans un récent article (L’impôt n’est pas bon à tout faire, Domaine Public, 15 février 2015), « ces moyens ne peuvent dépendre des comportements supposés des contribuables consommateurs».

La taxe serait aussi une catastrophe pour les entreprises établies en Suisse. Les mesures prévues pour éviter de les pénaliser sont en effet soit inapplicables au regard du droit commercial international, soit hors de prix en termes de coûts administratifs. Les exportateurs ne pourraient pas répercuter le coût de la taxe sur leurs clients étrangers au risque de ne plus être concurrentiels. Avec l’abolition du taux plancher de 1.20 franc pour un euro, les produits suisses sont déjà devenus beaucoup plus chers à l’exportation. Ce n’est vraiment pas le moment d’en rajouter.

Il faut donc refuser cette taxe qui part peut-être d’une bonne intention, mais qui a beaucoup trop d’effets pervers pour la Confédération, les entreprises et les consommateurs.