23/03/2018

Déchets d’entreprises : le mieux est l’ennemi du bien

Quand un projet est mal « emmanché », il vaut mieux remettre les choses à plat avant de construire une usine à gaz. C’est ce qui semble heureusement se produire avec le projet de suppression des tolérances communales pour les déchets urbains des entreprises en Ville de Genève. Annoncée pour le 1er avril prochain, la mise en application du principe du pollueur-payeur pour les ordures ménagères des entreprises a du plomb dans l’aile, si l’on en croit les récentes interventions de plusieurs conseillers administratifs appuyés par divers conseillers municipaux. En matière de financement, la législation fédérale impose le principe du pollueur-payeur : celui qui est à l’origine du déchet doit supporter le coût de son élimination par l’intermédiaire d’émoluments ou de taxes. Genève ne connaissant pas la taxe au sac, bien connue de nos voisins vaudois, ce sont les communes qui organisent jusqu’à présent la levée et l’élimination des déchets. Une tâche financée par une partie du produit de la taxe professionnelle communale, payée par les entreprises. Non seulement cette taxe ne diminuera pas du fait du changement de système, mais les entreprises devront à partir du mois prochain conclure des contrats avec des recycleurs pour prendre en charge leurs ordures. La fin des tolérances communales (déjà en vigueur ailleurs dans le canton) renforce le sentiment que les entreprises paieront désormais à double, pour une prestation délivrée qui ne sera pas meilleure que jusqu’à présent. Le canton a émis à l’attention des communes une directive indiquant un mode de tarification possible pour l’élimination des ordures en fonction de la taille des entreprises. Les autorités de la Ville de Genève se préoccupent du prix que devraient payer les toutes petites entreprises, à savoir celles qui comptent moins de huit postes de travail, hormis les cafés-restaurants, garages et laboratoires (assimilés à des moyens ou gros producteurs). C’est bien, mais cela ne suffit pas, à notre avis. La Ville de Genève dénombre de multiples entreprises un peu plus grandes qui devront mettre sur pied un dispositif compliqué pour stocker des sacs poubelles on ne sait où, en l’absence de locaux adaptés et faire éliminer leurs ordures ménagères, avec le recycleur qui voudra bien se déplacer dans leur quartier. Bien des entreprises ne seront pas prêtes pour le 1er avril, ne serait-ce que parce que les sociétés de recyclage ne répondent pas toutes aux appels d’offres, ce qui ne permet pas aux clients de procéder à des comparaisons de prestations et de prix. Les recycleurs devraient peut-être se répartir les quartiers pour éviter de multiplier les déplacements de camions. Si, à la base, le principe du pollueur-payeur a du bon - car il encourage la diminution des déchets et le recyclage, il faudrait peut-être se demander si les limites de ce système ne sont pas atteintes.

01/02/2017

Pollution : n’instrumentalisons pas les entreprises

Genève, son lac, son jet d’eau et son … stratus, celui qui plombe le moral des Genevois de novembre à février et qui est devenu une nouvelle source d’inspiration pour une partie de la classe politique locale. Ainsi, comme nous l’apprend la Tribune de Genève du week-end, le Grand Conseil débat actuellement d’une motion intitulée « Genève vaut bien Paris », qui propose d’imposer des restrictions de circulation pour purifier notre air genevois. Et ce projet n’est pas isolé ; il suffit de consulter l’ordre du jour du Parlement.

Boostés par les mesures antipollution prises dans de grandes agglomérations françaises, des députés d’ordinaire peu enclins à citer nos voisins étrangers en exemple nous expliquent aujourd’hui comme il serait bon pour notre santé de renforcer notre dispositif anti-pollution en s’inspirant de la France. Faut-il ou pas durcir un dispositif anti-pollution déjà plus sévère que les normes européennes, quand il ne va pas au-delà des recommandations de l’OMS ? C’est une question dont on peut discuter, données scientifiques à l’appui.

Mais, en réalité, la pollution atmosphérique n’est ici qu’un prétexte pour attaquer le bouc émissaire qu’est devenu le travailleur pendulaire, en particulier s’il n’est pas genevois et qu’il se déplace en voiture. On relèvera aussi que les auteurs de ces motions entendent transformer les entreprises en agents de l’Etat : les patrons devraient annoncer à l’autorité tous les employés concernés, indiquer les plaques d’immatriculation des véhicules utilisés au mépris de la protection des données, voire même s’occuper du prélèvement de cette taxe.

Taxer les travailleurs extérieurs pour qu’ils aient le droit de venir travailler à Genève, transformer les patrons en délateurs ou, comme le prévoit un autre projet, taxer les entreprises qui mettent à disposition des places de parking pour leurs employés : toutes ces idées sont absolument indéfendables pour une économie genevoise qui – de toute son histoire – n’a quasiment jamais pu fonctionner avec la seule main d’œuvre locale.

 

03/08/2015

Écologie industrielle : rien ne se perd

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Et si les déchets des uns devenaient les matières premières des autres ? Tel est le pari fait à Genève par les autorités cantonales et leurs partenaires (FTI, OPI, SIG) qui ont lancé au début de l’été la plate-forme www.genie.ch, « the Geneva Network of Industrial ecology ».

L’écologie industrielle concerne le secteur des industries, mais aussi toute activité économique pour laquelle une société est amenée à utiliser de la matière ou de l’énergie. Le concept est né, il y a plus 40 ans, dans le monde de l’entreprise pour répondre à des besoins réels de compétitivité. La mutualisation des ressources et des énergies permet autant la diminution de coûts liée à des économies d’échelles, que la création de nouvelles activités économiques. En d’autres termes, potentiellement, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » comme aurait dit Lavoisier.

Cela fait maintenant 15 ans que le canton de Genève développe l’écologie industrielle sur son territoire. Après plusieurs publications et projets à l’audience relativement confidentielle, Genève a décidé de passer la vitesse supérieure et de mettre à disposition des acteurs publics et privés genevois une plate-forme collaborative dédiée à l’écologie industrielle.

Genie.ch a donc été créé pour les entreprises locales désireuses d’augmenter leur performance économique en économisant des ressources. Son but est de fonder une communauté d’acteurs économiques de tous les secteurs – industrie, services et agriculture – pour intensifier leur implication dans la réalisation de projets d’écologie industrielle.

Concrètement, Genie.ch propose aux entreprises de créer un profil et de décrire des projets sur la plate-forme. Ce réseau virtuel permet un échange de bonnes pratiques, l’accès à des publications thématiques, notamment celles de la Fondation Ellen MacArthur, ainsi que la présentation de projets en cours ou en développement. Grâce à la plate-forme, des sociétés d’un même territoire, qui n’auraient à première vue rien en commun (à part une proximité géographique), pourraient trouver des complémentarités intéressantes comme la gestion mutuelle des ressources naturelles et des déchets.

Même si les réalisations ne sont pas encore très nombreuses dans notre région, les bénéfices de l’écologie industrielle sont bien réels. Ainsi, Firmenich utilise depuis 2011 la chaleur de ses eaux usées pour préchauffer l’eau servant au nettoyage de ses cuves de production. Autre exemple, le projet CADZIPLO qui a pour objectif de récupérer les rejets thermiques de certaines entreprises de la zone industrielle de Plan-les-Ouates (ZIPLO) pour les redistribuer sous forme de chauffage à une partie des bâtiments de la même zone.

Les partenaires se sont donné deux ans pour voir si le projet trouve son public parmi les quelque 4000 entreprises implantées dans les zones industrielles genevoises. Un mois après son ouverture, la plate-forme comptait 131 membres. Ce démarrage lent n’est guère étonnant, la connaissance du concept d’écologie industrielle n’étant pas très répandue chez nous. L’opération sera un succès si la plate-forme favorise réellement l'émergence de synergies entre entreprises permettant de réutiliser entre elles leurs résidus de production. Le rendez-vous est pris.