05/03/2018

L’aéroport n’est pas un enjeu électoral

Le Grand Conseil vient de se donner une année pour préparer un contre-projet à l’initiative 163 « Pour un pilotage démocratique de l’aéroport de Genève », initiative par ailleurs largement refusée lors de la dernière session parlementaire. Cette décision est sage, car la question de la desserte aérienne de notre région mérite d’être traitée sereinement, loin de l’agitation de la campagne électorale de ce printemps.

Genève ne se serait pas hissée au rang des villes d’envergure internationale si, en 1919, le Grand Conseil n’avait pas voté une loi implantant un « champ d'aviation » à 4 km du centre, près du village de Cointrin, ainsi qu'un crédit de CHF 675 000 pour son acquisition et son aménagement. Comme l’a déclaré le conseiller Pierre Maudet lors du débat parlementaire de la semaine dernière, « nous sommes aujourd’hui dépositaires d’une histoire qui a fait le succès de la région : celle du développement aéronautique de notre région ». Problème : aujourd’hui en 2018, l’envergure, la renommée et l’ouverture sur le monde ne font pas le poids face aux préoccupations individuelles. Les temps ont changé, le trafic aérien a augmenté et génère des nuisances difficiles à supporter pour une partie de la population, en dépit des mesures anti-bruit prises par l’aéroport.

Le Conseil d’Etat a bien saisi l’importance de tenir compte de cette nouvelle donne : depuis 2014, il a négocié avec la Confédération, qui gère le transport aérien, pour obtenir que la nouvelle fiche PSIA (Plan sectoriel de l’infrastructure aéronautique) soit acceptable pour la population et les communes riveraines, ainsi que pour l’économie. La CCIG a analysé le contenu de cette fiche dans le cadre de l’enquête publique et elle a effectivement constaté son caractère volontariste en termes d’encadrement des nuisances.

Pour les entreprises genevoises, une bonne desserte aérienne est une nécessité. L’industrie compte sur une plateforme logistique de qualité et les entreprises doivent pouvoir accéder dans les meilleures conditions à leurs sites et leurs clients sis à l’étranger. Enfin, la Genève internationale et les secteurs du tourisme, des conférences et autres congrès ont un besoin évident d’une bonne connectivité internationale. Gageons que la Commission de l’économie saura tenir compte de ces éléments lors de ses travaux.

22/11/2017

Taxer les places de parking : c’est non

La plénière du Grand Conseil débattra bientôt d’une motion (M 2341-A) visant à taxer les entreprises qui proposent gratuitement, ou non, des places de parking à leurs collaborateurs. Ce nouvel impôt servirait à la promotion des transports publics.

Comme toutes les métropoles, Genève connaît des embouteillages aux heures de pointe. Ceux-ci engendrent des nuisances, ralentissent les transports publics et provoquent des pertes économiques pour les entreprises. Ce constat, posé par les motionnaires, n'est pas faux. Mais la solution proposée par le MCG, appuyé par les Verts, les Socialistes et Ensemble à gauche, est une mauvaise formule. Le texte doit être refusé.

L’impôt sur les places de parking frapperait surtout les entreprises situées dans des zones excentrées et dont les employés sont des pendulaires. Employer des pendulaires est une obligation quand votre entreprise ne dispose pas d’un réservoir de main d’œuvre dans son périmètre proche ou quand elle est située dans une zone mal desservie par les transports en commun. La mobilité douce n’est pas toujours possible ; aller de Chancy jusqu’au centre-ville à vélo, c’est à la portée de certains, mais pas de tous, même avec un vélo électrique. Si vous travaillez au Bois-de-Bay, et que vous essayez de vous rendre au travail le matin en transports publics depuis Bernex ou Châtelaine, ce n’est franchement pas évident. Quand vous terminez votre journée de travail, il suffit que vous ayez trois ou quatre minutes de retard pour rater le bus et devoir attendre une heure le suivant. Les moyens alternatifs à la voiture sont donc très théoriques dans plus d’une région du canton.

Pour maîtriser les congestions de trafic, il n’existe pas de solution-miracle, mais de multiples solutions partielles: amélioration des infrastructures de transports publics, construction de parkings-relais, promotion des plans de mobilité, densification de l'habitat, bouclement de la ceinture autoroutière, etc. Or, la motion ne fait nulle mention de ces projets.

Enfin, parlons charge fiscale. Un impôt de plus alourdirait les charges des entreprises. Au moment où les Vaudois viennent d’annoncer la prochaine baisse de la fiscalité des entreprises, ce serait un signal particulièrement négatif pour l’économie genevoise. Les sociétés doivent-elles contribuer, par des impôts affectés, au financement des transports au motif que la mobilité fait partie des conditions cadre importantes pour qu'elles prospèrent ? La question peut être posée, mais elle doit s'inscrire dans une réflexion globale sur la fiscalité des entreprises. Celles-ci alimentent largement les recettes cantonales et financent par conséquent les politiques publiques, dont la politique des transports.

23/02/2017

Le CEVA ralenti mais pas stoppé

geneve-eaux-vives-interieur.jpgAvec CEVA et le Léman Express, Genève est en train de bâtir une infrastructure transfrontalière unique en Europe. Fruit d’une coopération franco-suisse exceptionnelle, le nouveau RER va révolutionner les habitudes de déplacement dans l’agglomération franco-valdo-genevoise. Et heureusement, car à l’horizon 2030, notre région comptera environ 1,12 million d’habitants, ce qui engendrera 4,6 millions de déplacements par jour, soit 800'000 de plus qu’en 2010. Aujourd’hui, l’avancement global du projet a atteint les 74% de sa réalisation. Le chantier a certes pris du retard, mais le projet est bien avancé et il faut garder confiance.

Le bulletin d’information trimestriel du projet CEVA nous apprend que plusieurs oppositions risquent de retarder la mise en service de l’ensemble du tracé CEVA. Les Genevois devront donc encore patienter avant de profiter, non seulement des 16 kilomètres de ligne qui relieront Cornavin à Annemasse, mais d’un réseau beaucoup plus vaste, le Léman Express, un RER qui reliera 45 gares sur 230 km de lignes.

Il est évidemment irritant qu’un projet plébiscité par 61,9% des électeurs prenne du retard à cause de quelques oppositions. Mais rien ne sert de surréagir et il faut rester confiant dans l’issue heureuse des procédures juridiques. Ces dernières oppositions ne sont de toute manière pas une surprise car conformément à la décision d’approbation des plans du projet, délivrée en 2008 par l’Office fédéral des transports, les mesures nécessaires à l’atténuation des vibrations ne pouvaient être définies qu’une fois le gros œuvre achevé, soit en 2016. Espérons simplement que le chantier ne prendra que quelques mois de retard et que les coûts supplémentaires resteront dans la limite du raisonnable. Car l’enjeu est immense pour notre région.

Genève a besoin d’un RER avec un maximum de liaisons traversantes, sans changement de train. Le futur LEMAN Express sera un formidable atout pour la mobilité. Il contribuera à délester les routes d’une circulation automobile aujourd’hui déjà très considérable aux heures de pointe. Près de 50'000 voyageurs devraient emprunter, chaque jour, la quarantaine de trains nécessaires à la desserte de l’ensemble du Léman Express.

Avec le projet de traversée du lac, l’élargissement prochain de l’autoroute de contournement et le Léman Express, Genève bâtit la colonne vertébrale d’un réseau de transport qui lui permettra de répondre aux besoins d’une économie dynamique et d’une population en croissance. Notre canton a pris le parti d’une véritable complémentarité entre la route et le rail, celle que la population appelle de ses vœux, comme en témoignent tous les récents votes populaires en matière de transport. Les oppositions à CEVA ralentiront peut-être cette marche vers l’avenir mais elles ne pourront pas la stopper.