03/08/2015

Écologie industrielle : rien ne se perd

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Et si les déchets des uns devenaient les matières premières des autres ? Tel est le pari fait à Genève par les autorités cantonales et leurs partenaires (FTI, OPI, SIG) qui ont lancé au début de l’été la plate-forme www.genie.ch, « the Geneva Network of Industrial ecology ».

L’écologie industrielle concerne le secteur des industries, mais aussi toute activité économique pour laquelle une société est amenée à utiliser de la matière ou de l’énergie. Le concept est né, il y a plus 40 ans, dans le monde de l’entreprise pour répondre à des besoins réels de compétitivité. La mutualisation des ressources et des énergies permet autant la diminution de coûts liée à des économies d’échelles, que la création de nouvelles activités économiques. En d’autres termes, potentiellement, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » comme aurait dit Lavoisier.

Cela fait maintenant 15 ans que le canton de Genève développe l’écologie industrielle sur son territoire. Après plusieurs publications et projets à l’audience relativement confidentielle, Genève a décidé de passer la vitesse supérieure et de mettre à disposition des acteurs publics et privés genevois une plate-forme collaborative dédiée à l’écologie industrielle.

Genie.ch a donc été créé pour les entreprises locales désireuses d’augmenter leur performance économique en économisant des ressources. Son but est de fonder une communauté d’acteurs économiques de tous les secteurs – industrie, services et agriculture – pour intensifier leur implication dans la réalisation de projets d’écologie industrielle.

Concrètement, Genie.ch propose aux entreprises de créer un profil et de décrire des projets sur la plate-forme. Ce réseau virtuel permet un échange de bonnes pratiques, l’accès à des publications thématiques, notamment celles de la Fondation Ellen MacArthur, ainsi que la présentation de projets en cours ou en développement. Grâce à la plate-forme, des sociétés d’un même territoire, qui n’auraient à première vue rien en commun (à part une proximité géographique), pourraient trouver des complémentarités intéressantes comme la gestion mutuelle des ressources naturelles et des déchets.

Même si les réalisations ne sont pas encore très nombreuses dans notre région, les bénéfices de l’écologie industrielle sont bien réels. Ainsi, Firmenich utilise depuis 2011 la chaleur de ses eaux usées pour préchauffer l’eau servant au nettoyage de ses cuves de production. Autre exemple, le projet CADZIPLO qui a pour objectif de récupérer les rejets thermiques de certaines entreprises de la zone industrielle de Plan-les-Ouates (ZIPLO) pour les redistribuer sous forme de chauffage à une partie des bâtiments de la même zone.

Les partenaires se sont donné deux ans pour voir si le projet trouve son public parmi les quelque 4000 entreprises implantées dans les zones industrielles genevoises. Un mois après son ouverture, la plate-forme comptait 131 membres. Ce démarrage lent n’est guère étonnant, la connaissance du concept d’écologie industrielle n’étant pas très répandue chez nous. L’opération sera un succès si la plate-forme favorise réellement l'émergence de synergies entre entreprises permettant de réutiliser entre elles leurs résidus de production. Le rendez-vous est pris.

02/04/2015

Une idée ressortie des cartons

dimanche, voiture, rade, genève, lac, circulation, mobilitéLes Verts ressortent des cartons l’idée des « dimanches sans voiture ».

Au lieu de donner envie à la population de renoncer à utiliser une automobile ou un deux-roues motorisé pour se détendre sur les quais le dimanche, les Verts veulent y interdire la circulation. Ou comment faire le bonheur des gens en restreignant leur liberté de mouvement. 

Avant que la « journée sans voiture » ne meure de sa belle mort pour cause de désintérêt général, le Grand Conseil avait largement débattu du sujet au début des années 2000. Les uns mettaient en avant l’objectif pédagogique de l’interdiction de circuler : « il faut des journées pareilles pour apprendre aux gens, petit à petit, que la voiture est un instrument au service de l’homme et pas l’inverse », déclarait un député socialiste. Les autres dénonçaient la mesure comme « un produit d’appel pour une action plus ambitieuse qui consiste à verrouiller le centre pour empêcher la circulation privée ». Quant au Conseil d’Etat, il relevait que « l’esprit de convivialité recherché ne peut contribuer au bon déroulement de l’événement si les moyens mis en œuvre ont pour résultat de dresser les uns contre les autres, en cherchant à véhiculer un message au demeurant louable par une atteinte à la liberté ou mesure ressentie comme telle ».

 

Les quais font partie du réseau primaire dont la fonction est de permettre le trafic de transit et d’assurer des déplacements fluides entre les différents secteurs du canton. Y interdire la circulation reporterait le trafic à l’intérieur des quartiers, aux Eaux-Vives, aux Pâquis, sur la rue de Lausanne jusqu’à la Coulouvrenière, voire Plainpalais. Les jours de slow-up, de marathon ou de fêtes de Genève, on ne peut pas dire que la circulation est fluide dans ces quartiers. Les habitants de ces derniers auraient-ils moins droit à la quiétude des rues que ceux du quai Gustave-Ador ou du quai Wilson ? Si les Verts avaient voulu proposer une mesure permettant de désencombrer les quais non pas 12 jours par an mais 365, ils auraient soutenu la traversée du lac.

 

Au-delà des questions de circulation, ce genre de proposition est inquiétante car, sous le vernis de la réappropriation de l’espace public par les citoyens, elle témoigne de l’idéologie du repli et de la décroissance dont s’inspirent ce parti, comme d’autres au demeurant. Sous prétexte de qualité de vie des citadins, on veut reconstruire des barrières à coup d’interdictions de circuler, voire de péages pour entrer sur le territoire. Quant à l’impact positif de la mesure sur le tourisme, on se permettra de douter que des milliers de visiteurs affluent pour déguster une saucisse-frites sur les quais battus par la bise les dimanches d’automne, d’hiver ou même de printemps !

Contribution parue dans la Tribune de Genève du 01.04.2015

04/03/2015

Climat : éviter les défis utopiques

Doris Leuthard a annoncé la couleur: le Conseil fédéral a fixé un objectif très élevé dans la perspective de la conférence de Paris qui se tiendra en décembre prochain. Les émissions de gaz à effet de serre devront baisser de 50% d’ici 2030 par rapport à 1990, ce qui place la Suisse dans le peloton des pays les plus ambitieux. Si la Ministre de l’énergie s’est montrée optimiste et confiante dans la capacité des entreprises à relever le défi, du côté des milieux économiques, les réactions sont pour le moins réservées.

Avec ses 8 millions d’habitants, la Suisse ne produit que 0,1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Sa responsabilité dans le réchauffement climatique d’origine humaine est donc infinitésimale. Tant que des pays comme les Etats-Unis ou la Chine ne s’attelleront pas sérieusement au problème, personne ne remarquera d’effet sur le climat.

La Suisse n’a rien à se reprocher. Elle a rempli son objectif pour la première période d’engagement sous le Protocole de Kyoto. Elle s’est engagée à réduire ses émissions de 20% d’ici 2020. Mais en raison d’une production énergétique pauvre en émissions de carbone et de la faible présence d’industries lourdes sur le territoire national, chaque effort supplémentaire demandé aux entreprises et à la population est proportionnellement beaucoup plus onéreux en Suisse. La baisse des émissions passera forcément encore par des hausses de taxes et par un durcissement des contraintes dans les domaines des transports et des bâtiments.

L’économie ne remet pas en question l’engagement de la Suisse dans les négociations sur le climat. Cependant, entre un projet de stratégie énergétique 2050 à la limite de la démesure et une réforme fiscale écologique qui s’annonce redoutable, l’économie recommande d’éviter les défis utopiques.

Ceux qui réclament sans cesse que la Suisse montre l’exemple au reste du monde devraient changer de discours. Le reste du monde ne nous regarde pas dans l’espoir que nous lui montrions la voie de la vertu. Chaque pays cherche d’abord à défendre ses intérêts économiques. Aucun ne les sacrifiera au nom de la protection du climat. A nous de faire de même et de veiller qu’en Suisse, la course à l’excellence climatique fasse davantage de gagnants que de perdants.