23/02/2017

Le CEVA ralenti mais pas stoppé

geneve-eaux-vives-interieur.jpgAvec CEVA et le Léman Express, Genève est en train de bâtir une infrastructure transfrontalière unique en Europe. Fruit d’une coopération franco-suisse exceptionnelle, le nouveau RER va révolutionner les habitudes de déplacement dans l’agglomération franco-valdo-genevoise. Et heureusement, car à l’horizon 2030, notre région comptera environ 1,12 million d’habitants, ce qui engendrera 4,6 millions de déplacements par jour, soit 800'000 de plus qu’en 2010. Aujourd’hui, l’avancement global du projet a atteint les 74% de sa réalisation. Le chantier a certes pris du retard, mais le projet est bien avancé et il faut garder confiance.

Le bulletin d’information trimestriel du projet CEVA nous apprend que plusieurs oppositions risquent de retarder la mise en service de l’ensemble du tracé CEVA. Les Genevois devront donc encore patienter avant de profiter, non seulement des 16 kilomètres de ligne qui relieront Cornavin à Annemasse, mais d’un réseau beaucoup plus vaste, le Léman Express, un RER qui reliera 45 gares sur 230 km de lignes.

Il est évidemment irritant qu’un projet plébiscité par 61,9% des électeurs prenne du retard à cause de quelques oppositions. Mais rien ne sert de surréagir et il faut rester confiant dans l’issue heureuse des procédures juridiques. Ces dernières oppositions ne sont de toute manière pas une surprise car conformément à la décision d’approbation des plans du projet, délivrée en 2008 par l’Office fédéral des transports, les mesures nécessaires à l’atténuation des vibrations ne pouvaient être définies qu’une fois le gros œuvre achevé, soit en 2016. Espérons simplement que le chantier ne prendra que quelques mois de retard et que les coûts supplémentaires resteront dans la limite du raisonnable. Car l’enjeu est immense pour notre région.

Genève a besoin d’un RER avec un maximum de liaisons traversantes, sans changement de train. Le futur LEMAN Express sera un formidable atout pour la mobilité. Il contribuera à délester les routes d’une circulation automobile aujourd’hui déjà très considérable aux heures de pointe. Près de 50'000 voyageurs devraient emprunter, chaque jour, la quarantaine de trains nécessaires à la desserte de l’ensemble du Léman Express.

Avec le projet de traversée du lac, l’élargissement prochain de l’autoroute de contournement et le Léman Express, Genève bâtit la colonne vertébrale d’un réseau de transport qui lui permettra de répondre aux besoins d’une économie dynamique et d’une population en croissance. Notre canton a pris le parti d’une véritable complémentarité entre la route et le rail, celle que la population appelle de ses vœux, comme en témoignent tous les récents votes populaires en matière de transport. Les oppositions à CEVA ralentiront peut-être cette marche vers l’avenir mais elles ne pourront pas la stopper.

01/02/2017

Pollution : n’instrumentalisons pas les entreprises

Genève, son lac, son jet d’eau et son … stratus, celui qui plombe le moral des Genevois de novembre à février et qui est devenu une nouvelle source d’inspiration pour une partie de la classe politique locale. Ainsi, comme nous l’apprend la Tribune de Genève du week-end, le Grand Conseil débat actuellement d’une motion intitulée « Genève vaut bien Paris », qui propose d’imposer des restrictions de circulation pour purifier notre air genevois. Et ce projet n’est pas isolé ; il suffit de consulter l’ordre du jour du Parlement.

Boostés par les mesures antipollution prises dans de grandes agglomérations françaises, des députés d’ordinaire peu enclins à citer nos voisins étrangers en exemple nous expliquent aujourd’hui comme il serait bon pour notre santé de renforcer notre dispositif anti-pollution en s’inspirant de la France. Faut-il ou pas durcir un dispositif anti-pollution déjà plus sévère que les normes européennes, quand il ne va pas au-delà des recommandations de l’OMS ? C’est une question dont on peut discuter, données scientifiques à l’appui.

Mais, en réalité, la pollution atmosphérique n’est ici qu’un prétexte pour attaquer le bouc émissaire qu’est devenu le travailleur pendulaire, en particulier s’il n’est pas genevois et qu’il se déplace en voiture. On relèvera aussi que les auteurs de ces motions entendent transformer les entreprises en agents de l’Etat : les patrons devraient annoncer à l’autorité tous les employés concernés, indiquer les plaques d’immatriculation des véhicules utilisés au mépris de la protection des données, voire même s’occuper du prélèvement de cette taxe.

Taxer les travailleurs extérieurs pour qu’ils aient le droit de venir travailler à Genève, transformer les patrons en délateurs ou, comme le prévoit un autre projet, taxer les entreprises qui mettent à disposition des places de parking pour leurs employés : toutes ces idées sont absolument indéfendables pour une économie genevoise qui – de toute son histoire – n’a quasiment jamais pu fonctionner avec la seule main d’œuvre locale.

 

13/01/2017

La guerre des transports : une recette qui garantit l’indigestion

Prenez un projet lié à la mobilité, ajoutez-y un monde associatif en mal de visibilité, une louche de mauvaise foi, mélangez bien, laissez mijoter très longtemps et servez bien chaud afin de s’assurer que tout le monde se brûle les doigts.

Telle est, en substance, la recette de l’aménagement des transports dans notre canton. Une recette ancestrale que certains milieux s’évertuent à inscrire quotidiennement au menu politique.

Or, à force, l’indigestion guette. Plusieurs associations annoncent ainsi avoir déposé un recours contre l’autorisation de construire de la future route des Nations. Motif avancé : l’autorisation de construire ne ferait pas suffisamment place à des mesures en faveur de la mobilité douce et des transports publics.

En matière de transports, on pensait pourtant la hache de guerre enterrée. En juin de cette année, la population genevoise plébiscitait en votation la loi « pour une mobilité cohérente et équilibrée », fruit d’un compromis âprement débattu au Grand Conseil. Cette loi, appelée à définir la manière dont le canton doit gérer les priorités en matière de politique des transports, fait une large place à la mobilité douce et aux transports publics, en particulier en ville. Lors de son adoption, elle a été présentée par ses auteurs comme le compromis qui mettrait un point final à la guerre des transports. Tout le monde ou presque s’y retrouvait et Genève allait pouvoir avancer.

L’encre de la loi est à peine sèche que l’on décide de remettre le couvert. Les recourants mettent en doute la réalisation des projets de transports en commun ? La loi sur le réseau des transports publics stipule pourtant très clairement que la ligne de tram 15 sera prolongée jusqu’au Grand-Saconnex dès que la route des Nations sera construite. Difficile d’être plus clair… En faisant recours contre la construction de la route des Nations, la réalisation de cette ligne de tram est donc potentiellement retardée. Comme quoi, les amis des transports publics ne sont pas forcément ceux que l’on croit…

Qui plus est, la construction de la route des Nations implique des mesures de suppression du trafic de transit dans les communes adjacentes et en faveur de la mobilité douce. Les habitants de Genève, du Grand-Saconnex et de Pregny-Chambésy seront les premiers à en profiter au quotidien, ce qui est confirmé dans le rapport d’impact environnemental du projet.

Au final, ce recours doit être considéré pour ce qu’il est : un coup de publicité de ses auteurs, sans raison d’être et lancé au détriment de l’ensemble des Genevois. Espérons qu’il sera rejeté comme il se doit et que Genève pourra se prendre à rêver d’une percée positive sur le front de la mobilité cantonale.