18/08/2013

Ni Madelon ni Gilberte de Courgenay

images.jpgL’uniforme militaire n’a jamais déclenché d’euphorie particulière chez moi. Je ne suis pas non plus spécialement convaincue que le service militaire obligatoire est l’alpha et l’oméga de la cohésion nationale ou la panacée pour former les cadres de l’économie. Ce serait au demeurant dénier aux femmes de Suisse la capacité de se sentir patriotes et la compétence d’être d’excellentes cadres dans les entreprises. Ce ne sont par conséquent pas ces motifs - mais d'autres - qui me feront refuser l’initiative demandant l’abrogation du service militaire obligatoire le 22 septembre prochain.

Comme son nom l’indique, le Groupe pour une Suisse sans armée, auteur de l’initiative, a pour but la suppression de l’armée. Son initiative est une étape vers cet objectif ultime. Le procédé est « cousu de fil blanc ». Imaginer une armée de milice basée uniquement sur le volontariat est une vue de l’esprit. En cas de suppression du service obligatoire, la sécurité de la population dépendrait du nombre de volontaires qui se seraient annoncés. C’est une illusion de croire que l’on en trouverait suffisamment en cas de crise ou de conflit armé.

Depuis la fin de la guerre froide, 23 Etats européens ont suspendu l’obligation de servir et ont remplacé leur armée de conscription par une armée professionnelle, avec souvent des difficultés de recrutement … d’où des spots publicitaires rappelant parfois le jeu vidéo « Call of duty » ( Grande-Bretagne,  Espagne ou France). Aucun pays n’a organisé ses forces armées exclusivement sur une base volontaire, pas même la Suède, pays pourtant neutre.

On peut vouloir s’interroger sur la mission de l’armée, voire sur l’instauration pour tous d’une obligation de servir la communauté. Mais l’initiative met la charrue avant les bœufs : en demandant la suppression du service militaire obligatoire, elle ne ferait qu’affaiblir la sécurité de la Suisse alors qu’elle élude les questions de fond liées à la mission de l’armée.

17:48 Publié dans Politique suisse | Tags : votation fédérale, défense, gssa | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

10/07/2013

Gare de Cornavin : pas encore sur les rails !

Si l’extension de la gare de Genève se réalise, ce sera donc en souterrain. Tout se passant bien, à l’horizon 2025-2030, la gare sera en mesure d’accueillir 100'000 voyageurs quotidiens. C’est une nécessité.

Reste encore à financer l’opération, ce qui n’est pas gagné d’avance. Tous ceux qui ont salué le choix validé la semaine dernière par le Canton, la Ville de Genève, les CFF et l’Office fédéral des transports devront s’impliquer avec force.

Grosso modo, la réalisation de la gare souterraine coûtera 1,2 milliard de francs. Les autorités locales devront trouver 400 millions d’une manière ou d’une autre. Quant aux 800 millions qui avaient été réservés pour l’option en surface, leur sort dépend du vote par le peuple suisse, en 2014, du projet de financement et d’aménagement de l’infrastructure ferroviaire (coût : 6,5 milliards de francs). Les Chambres fédérales ont largement accepté ce projet le 21 juin dernier, en dépit d’une relative division de l’Union démocratique du centre. Nombreux sont ceux qui devront en effet « passer à la caisse » pour garantir le financement des investissements dans le réseau ferroviaire.

La partie n’est donc pas encore gagnée et il ne faudrait pas qu’au moment du vote l’an prochain, ceux qui ont chanté victoire le 5 juillet dernier  soient  brusquement atteints d’une extinction de voix !

09:49 Publié dans Circulation, Politique genevoise, Politique suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

02/07/2013

Entreprises et énergie : pas réacs mais circonspectes

L’accident nucléaire de Fukushima survenu le 11 mars 2011 a conduit la Suisse à décider de « sortir du nucléaire », formule désormais consacrée, sans que l’on sache encore très bien quand, comment et à quel prix s’effectuera cette « sortie ». Pour le moment, cette incertitude ne préoccupe plus guère le citoyen lambda, qui ignore bien souvent à combien se monte sa facture d’électricité et qui s’acquitte sans trop sourciller de ses factures de chauffage et pleins de carburant.

La situation est bien différente dans les entreprises car l’énergie (électricité, combustible et carburant) est un poste rarement négligeable, qui nécessite souvent pas mal d’investissements si sa gestion doit être améliorée (ce qui est plutôt un bien en soi). La future politique énergétique suisse préoccupe donc légitimement les entreprises, qui sont pourtant désireuses de participer à l’effort national qu’exigera la « sortie du nucléaire ». Cette conclusion ressort d’un des ateliers organisés lors de la 5e édition de « Actes industries » à Genève. Les entrepreneurs ont planché sur trois questions. Est-il encore possible de réduire la consommation d’énergie, comment et à quel prix ? La nouvelle politique risque-t-elle de compromettre certains secteurs économiques et d’en dynamiser d’autres ? Quels sont les enjeux du projet de réforme fiscale écologique ?

A Genève, les grands consommateurs, au nombre de 350, représentent 44% de la consommation électrique et 10% de la consommation thermique. Ils sont déjà très engagés dans la maîtrise de leur consommation. Reste la multitude de PME et de TPE qui sont uniquement tenues d’agir en cas de travaux de rénovation, si elles sont propriétaires de leurs bâtiments. Elles ont besoin de sensibilisation, d’information et de soutien.

 

Toutes les entreprises se trouvent confrontées à des points bloquants, notamment le facteur humain (le manque de ressources humaines à consacrer à la thématique, p.ex.) et la nécessité d’inscrire les investissements dans une planification financière tenant compte du cycle de vie des équipements. C’est là que le temps de retour est capital : s’il est inférieur à 2 ans, la décision est vite prise; s’il dépasse 5 ans, l’entreprise renoncera vraisemblablement. Pour les bâtiments, seul un temps de retour de 10 ans peut être déclencheur.

Qui seront les gagnants et les perdants de la nouvelle politique énergétique? De sombres nuages pèsent sur l’industrie d’exportation, car une action en solo de la Suisse serait vouée à l’échec. Compte tenu de la concurrence mondiale, il ne suffirait pas que l’Allemagne ou les pays européens se joignent à nous. Quant aux gagnants, ce seront notamment les entreprises de conseil énergétique, les fournisseurs du bâtiment et les producteurs d’énergie renouvelable, voire les gaziers.

Reste la question de la réforme fiscale écologique annoncée pour 2020. Il s’agit de la politique qui servira à financer le tournant énergétique. En l’absence de données chiffrées, il est naturel que les entreprises s’inquiètent. Même si l’énergie ne représente pas toujours une lourde charge, la pression concurrentielle est telle qu’une augmentation même faible des prix rognerait les marges et diminuerait la compétitivité.

Est-ce qu’une hausse du prix de l’énergie ouvrirait de nouveaux marchés et inciterait à améliorer les performances énergétiques des produits et installations ? Oui, sans doute. Les entreprises suisses sont d’ailleurs bien placées dans ce domaine, car notre économie est l’une de celles qui a la meilleure efficacité énergétique. L’amélioration des performances doit cependant avoir un sens économique pour les clients, or ceux-ci se trouvent essentiellement à l’étranger.

Cet automne, la Confédération devrait fournir davantage de précisions sur la mise en œuvre du tournant énergétique. L’été semblera bien long pour certains entrepreneurs.

 

15:23 Publié dans Economie, Politique suisse | Tags : énergie, électricité, carburant, combustibles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |