15/12/2014

En douceur… sauf la facture

Au terme du plus long débat de son histoire (24 heures) le Conseil national a accepté la Stratégie énergétique 2050, qui consacre la sortie du nucléaire mais en douceur. En effet, si aucune nouvelle centrale ne sera plus construite, celles en fonction actuellement pourront continuer de produire aussi longtemps qu’elles passeront les tests d’inspection. Pour plusieurs d’entre elles, cela signifie qu’elles fonctionneront au-delà de 2050. Sachant que près de 40% de l’électricité suisse est produite par les centrales nucléaires, ce n’est assurément pas une mauvaise nouvelle.

Le vote consacre aussi les objectifs de réduction de la consommation d’énergie et d’électricité ainsi que le développement des nouvelles énergies renouvelables (NER). Ceux-ci sont potentiellement lourds de conséquences pour l’économie. Tout d’abord, de quelle manière les économies d’énergie, extrêmement ambitieuses (-16% d’ici 2020), seront-elles obtenues ? Les programmes d’incitation et l’amélioration de l’efficience énergétique peuvent difficilement atteindre un tel objectif. Cela signifie que le risque de rationnement nous pend au nez. Ensuite, les NER seront financées par une taxe de 2,3 cts / kWh au lieu de 1,5 ct. Les moyens destinés à l’assainissement énergétique des bâtiments vont par ailleurs augmenter considérablement. En d’autres termes, les consommateurs vont passer à la caisse.

L’industrie, et l’économie en général, seront donc touchées deux fois. Nous sommes convaincus qu’il est pourtant possible de définir une politique énergétique qui ménage les ressources sans plomber l’économie. La balle est à présent dans le camp du Conseil des Etats et, peut-être, du peuple, en cas de référendum.

25/11/2014

Energie 2050 : clarté et souplesse indispensables

Le débat sur la future politique énergétique suisse sera le gros dossier de la session d’hiver du Conseil national. Trois années se sont écoulées depuis le tremblement de terre et le raz-de-marée qui ont ravagé la région de Fukushima au Japon y détruisant la centrale nucléaire Fukushima Daiichi. Si personne n’a oublié cette tragédie, seuls deux pays ont décidé d’abandonner le nucléaire pour la production d’électricité - l’Allemagne et la Suisse – et se sont lancés dans une ambitieuse transition énergétique.

L’Allemagne, par sa politique de subventionnement des énergies renouvelables et son recours aux centrales à charbon, a contribué à l’écroulement du prix de l’électricité sur le marché européen, écroulement aggravé par la persistance de la crise économique sur le vieux continent. Plus généralement, c’est tout le contexte énergétique mondial qui a profondément changé depuis 2011. La Suisse doit en tenir compte au moment de façonner la politique énergétique des 30 prochaines années. Et notamment ne pas répéter les erreurs de l’Allemagne.

Sauf improbable retournement de situation, la Suisse ne reviendra pas sur sa décision de fermer à terme ses centrales nucléaires. Ce postulat posé, ce qui compte pour les entreprises, c’est que la politique énergétique vise en priorité à assurer la sécurité d’approvisionnement à des prix compétitifs. A ce jour cependant, les patrons sont inquiets, tant le mot « taxe » revient dans les discussions. Les entreprises accomplissent d’ores et déjà de nombreux et coûteux efforts pour maîtriser leur consommation d’énergie. Il ne faudrait pas les étrangler avec trop de nouvelles contraintes qui risqueraient de mettre à mal leur compétitivité.

Il appartient au Parlement fédéral de donner une direction claire à la politique énergétique tout en prévoyant suffisamment de souplesse pour que cette politique puisse être adaptée à un contexte politique et technologique en constante évolution. Si le Parlement ne cède pas à la tentation de l’hyper-régulation, Energie 2050 peut être une chance pour l’économie suisse qui a depuis longtemps démontré ses facultés d’adaptation et sa capacité à œuvrer en faveur des économies d’énergie.

Le débat sur la politique énergétique débutera dans deux jours, mais c’est pour de très nombreux mois qu’il s’inscrit à l’agenda politique, car plusieurs initiatives sur le même thème sont dans le « pipeline ». Et qu’un autre morceau de choix et de poids suivra, à savoir la seconde étape de l’ouverture du marché suisse de l’électricité.

 

15:18 Publié dans Energie, Environnement, Politique suisse | Tags : énergie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

27/03/2014

Le Gothard avance et nous, et nous? *

L’article paru le 14 mars dans la Tribune de Genève au sujet du deuxième tube routier du Gothard évoque des «doutes romands».

Il importe de ne pas imaginer des dissensions là où il n’y en a pas, mais de se rappeler qu’en matière d’infrastructures routières prioritaires, il s’agit bien de «et/et» et non de «ou bien/ou bien».

A la fin de 2012, plusieurs associations (dont la CCIG), représentantes de la Métropole lémanique et du Tessin, ont constitué une alliance pour joindre leurs efforts en faveur d’une politique fédérale des transports cohérente et orientée sur le long terme (cf. texte intégral sur «www.alliance-rail-route.ch» ) .

L’alliance veut tout autant éviter l’isolement routier du Tessin pendant l’assainissement du tunnel du Gothard que résoudre les graves problèmes d’embouteillages sur l’autoroute A1 entre Lausanne et Genève.

A ce titre, les signataires ont relevé que le grand contournement de Morges ainsi que l’élargissement de la grande ceinture autoroutière de Genève, entre Nyon et la frontière française, couplé à terme avec la traversée du lac sont indispensables.

Ils ont aussi reconnu la nécessité de percer un deuxième tunnel routier unidirectionnel au Gothard et y sont favorables, pour autant que cet ouvrage n’entre pas en collision avec les projets autoroutiers lémaniques.

Le projet du Gothard avance. Par contre, d’importants projets autoroutiers lémaniques s’ensablent: le contournement de Morges ne figure pas dans le projet de fonds routier mis en consultation tout récemment, la traversée autoroutière du lac encore moins. Le Parlement fédéral n’a même pas donné suite à l’initiative déposée par le Canton de Genève qui invitait l’Assemblée fédérale à inscrire la réalisation de la traversée du lac dans la prochaine révision de l’arrêté fédéral sur le réseau des routes nationales, refusant de donner le signal politique attendu dans notre canton.

En résumé, Genevois, Vaudois et Tessinois se sont engagés à un soutien réciproque de leurs infrastructures de transport. A ce stade, des deux côtés de la Versoix, certains s’interrogent sur la fermeté du soutien tessinois à nos infrastructures.

La CCIG n’a pas encore décidé si elle considérait dénoncer l’alliance de 2012, tout comme elle n’a pas encore pris position sur le projet de fonds devant assurer le financement de la route (Forta). Ce qui est certain, c’est que si la nécessité d’accélérer la mise à niveau des infrastructures lémaniques n’est pas mieux (et vite) reconnue par la Confédération, il ne sera pas aisé de convaincre Genevois et Vaudois de s’enthousiasmer pour le deuxième tube du Gothard.

*Article paru le 26 mars dans la Tribune de Genève, rubrique "L'invité"