07/09/2016

Qui veut voyager loin ménage sa monture

economie verte, economie circulaire,empreinte écologique, environnement, votations, initiative, recyclage,  En 1997, la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève (CCIG) et l’Etat publiaient un «répertoire du savoir-faire environnemental » qui recensait, sur plus de 200 pages, les acteurs genevois publics et privés œuvrant dans le domaine de l’environnement. L’engagement « vert » de la CCIG et de ses entreprises membres ne date donc pas d’hier et il ne s’est pas démenti, suivant en cela l’évolution de la société tout entière. Le concept d’économie verte trouve aujourd’hui de plus en plus d’écho dans les entreprises qui y voient une opportunité, mais aussi potentiellement une menace si la transition verte est trop rapide. Tel est le problème posé par l’initiative dite « économie verte »; elle va trop loin trop vite. C’est pourquoi, la CCIG s’y oppose, à l’instar du Conseil fédéral.

Pour atteindre les objectifs de l’initiative, nous devrions tous diviser notre consommation au moins par trois en l’espace de 30 ans et modifier radicalement notre mode de vie : rationner voire supprimer les produits laitiers, la viande et les denrées alimentaires importées (chocolat, café, bananes, etc.), limiter nos déplacements (aussi pour les vacances), baisser le thermostat et la lumière dans nos logements. Les entreprises seraient naturellement elles aussi soumises à ce régime draconien. L’Etat devrait mettre en place tout un arsenal de taxes et de mesures de prohibition si d’aventure nous étions incapables de supporter pareille frugalité.

Déplacement du problème

Si elle était adoptée, cette initiative ne rendrait pas notre économie plus verte. Au contraire, elle la ferait dépérir, au détriment de chacun d’entre nous et au profit des entreprises et des emplois situés à l’étranger. Le tout sans aucune amélioration de l’environnement de la planète : la production qui ne se ferait plus chez nous se ferait au-delà de nos frontières, tout simplement. Et peut-être dans des pays où les normes sociales et environnementales sont plus laxistes qu’en Suisse, ce qui serait évidemment absurde.

La Suisse, bonne élève

Dans tous les domaines, il est toujours possible de s’améliorer. C’est aussi vrai quand il s’agit de rendre les modes de production et de consommation plus économes en ressources. Cependant, et sans pour autant tomber dans l’autosatisfaction, souvenons-nous que la Suisse est plutôt bonne élève en matière de sauvegarde de l’environnement. Nous sommes le pays européen qui utilise le plus efficacement ses ressources. Nous sommes dans le top 6 des champions de l’OCDE en matière de recyclage. Nous nous classons au premier rang des pays de l’OCDE les moins gourmands en énergie pour produire un franc de richesse. Enfin, nous sommes l’un des pays développés qui émet le moins de CO2 par habitant.

Alors oui : on peut toujours essayer d’aller plus loin plus vite. Mais diviser notre consommation par trois en 30 ans à coup de taxes, de réglementations, voire de normes de prohibition n’est ni réaliste ni supportable, que ce soit pour les entreprises comme pour la population.

Pour voyager loin il faut ménager sa monture. Continuons donc à ménager toujours mieux les ressources de la planète mais ménageons aussi nos entreprises et votons non le 25 septembre.

09/06/2016

Un Conseil des Etats déconnecté des réalités économiques

Le Conseil des Etats vient d’enterrer définitivement la nouvelle loi fédérale sur les heures d’ouverture des magasins. Ce projet prévoyait une harmonisation très modérée des horaires des commerces, pour leur permettre de rester ouverts jusqu’à 20h00 en semaine. Et ce, uniquement s’ils le désiraient, les magasins restant évidemment libres de fermer plus tôt.

Or, les sénateurs, pour l’occasion totalement déconnectés des réalités économiques de notre temps, n’en ont pas voulu en dépit de sa modestie. Sans surprise, ils ont été épaulés par une gauche syndicale qui a oublié que la défense des travailleurs, sa raison d’être, doit plutôt être de préserver les emplois que de pousser les employés vers le chômage. Selon la Fédération suisse du commerce de détail, le nombre de chômeurs a augmenté de 11% dans le commerce de détail en janvier 2016 par rapport à janvier 2015.

Salaires élevés, marché restreint, coût élevé du foncier et des loyers, zèle réglementaire, contraintes lourdes pesant sur la construction de places de parc, prix administrés, protection du marché agricole, hausse des taxes et redevances ne sont que quelques-uns des multiples handicaps qui font que le commerce de détail suisse sera toujours à la peine face à la concurrence étrangère. De chroniquement difficile, la situation est devenue critique depuis l’explosion des achats en ligne et, dernièrement, la chute de l’euro, qui a dopé le tourisme d’achat (11 milliards de francs en 2015).

Genève, canton pourtant parmi les plus touchés par le tourisme d’achat, connaît même des horaires parmi les plus restrictifs de Suisse. Et la représentation genevoise au Conseil des Etats, par son vote hier, a contribué à la persistance du problème. Les magasins français peuvent donc continuer à se frotter les mains : les bonnes affaires vont continuer.

La CCIG demande instamment que les autorités et les syndicats genevois prennent enfin pleinement la mesure du problème et dotent Genève d’une législation en matière d’heures d’ouverture des commerces en phase avec les nouvelles habitudes de consommation. Rappelons que Zurich, autre grand pôle économique suisse, permet à ses commerces d’ouvrir quand bon leur semble. L’hémorragie due au tourisme d’achat et la chute continue des chiffres d’affaires doit cesser. Il en va de milliers d’emplois et de l’avenir d’un pan entier de notre tissu économique. 

18/09/2015

Transition énergétique : un dossier à haute tension

La polémique sur la nécessité ou pas de fermer immédiatement la centrale nucléaire de Beznau survient comme par hasard quelques semaines avant la reprise du débat parlementaire sur la future politique énergétique de la Suisse. Faut-il y voir un lien ? La Suisse a décidé de toute manière de mettre un terme à sa production de courant nucléaire. Si la décision politique a été prise en un clin d’œil en 2011, la transition énergétique se révèle très complexe à mettre sur pied et le projet, en l’état, ne convainc pas. Pourquoi ?

Tout d’abord, la sécurité d’approvisionnement diminuera, du fait de la mise en place quasi-exclusive d’une production d’électricité irrégulière et saisonnière (vent et soleil). Il faudra importer massivement de l’électricité fossile et nucléaire. Déjà dépendante des pays pétroliers, la Suisse deviendra aussi plus dépendante des pays voisins producteurs de courant.

Le prix de l’énergie – quant à lui - augmentera. Problème, les experts s’affrontent à coups de projections, et bien malin qui peut dire combien coûtera au final la transition énergétique. Une chose est certaine : personne ne sera épargné par les hausses de taxes qui frapperont l’essence, le fuel et l’électricité. La Suisse pourra-t-elle mettre en œuvre un programme aussi ambitieux sans mettre en danger une partie de l’industrie et des emplois ?

Enfin, la première étape (dont débat actuellement le Parlement fédéral) ne permettra d’atteindre que la moitié des objectifs. La seconde, une réforme fiscale écologique, a déjà fait l’objet d’une forte contestation au stade de la consultation. À ce jour, le scénario qui verrait la mise en place d’une politique énergétique qu’on ne pourrait pas financer faute d’accord politique ne semble donc pas totalement exclu.

Il n’est pas question de revenir sur la décision de fermer les centrales nucléaires suisses, mais le projet doit encore être sérieusement amélioré. Pour le moment, les voix critiques sont très nombreuses. Le peuple aura donc sans doute le dernier mot. S’il a l’impression qu’on lui cache une partie de la vérité, le savant projet de transition énergétique sur lequel le gouvernement planche depuis quatre ans passera sans nul doute à la trappe.

Article paru dans l'Agefi du 18.09.15