03/12/2014

Transports publics : « Yakafokon »

 

circulation; GenèveLes Verts ont déposé une initiative qui propose que les transports publics aient la priorité dans la circulation. Objectif : les rendre plus rapides. Comment faire ? Rien de plus simple pour les initiants : « Il suffit que l’Etat développe les sites propres et régule les feux lumineux de sorte à prioriser les trams et le bus ». Bref: «Yakafokon».

Le Groupement Transport et Economie s’oppose à l’initiative « Pour des transports publics plus rapides » car, malgré un titre sympathique et un but louable, son adoption ne permettrait pas d’accélérer les transports publics. Par contre, elle entraînerait à coup sûr une grave détérioration des conditions de circulation des transports privés et professionnels (le texte de notre audition devant la commission des transports peut être consulté sur notre site).

Si nos transports publics ne sont pas suffisamment rapides, ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas prioritaires dans la circulation. D’ailleurs, ils le sont déjà à bien des endroits, par exemple sur les axes tels que Malagnou, Chancy ou Chêne. Si nos transports publics ne sont pas suffisamment rapides, c’est une question de densité : celle du centre urbain, contraignante, celle du réseau TPG, celle des flux de passagers qui est énorme à certains arrêts. C’est aussi à cause de certains choix d’aménagement qui se révèlent aujourd’hui des erreurs : arrêts trop rapprochés, parfois mal aménagés, incohérences sur certains tronçons, comme sur la route des Acacias. C’est aussi parce que Genève n’a pas encore son RER, que le financement des voies de bus est à la charge des communes ; la liste est longue. Les outils permettant d’accroître la vitesse commerciale existent déjà. Potentiel d’amélioration il y a, mais il est largement de nature technologique et humaine.

Le Conseil d’Etat explique que l’initiative est impossible à mettre en œuvre sur le réseau routier et qu’elle est incompatible avec sa stratégie multimodale, qui repose sur un développement de tous les modes de transports, seul capable d’absorber la hausse de la mobilité prévue à l’horizon 2030. Il entend donc proposer au Grand Conseil un contre-projet sous la forme d’un avant-projet de loi sur la mobilité. Une majorité semble se dessiner en faveur de l’étude d’un contre-projet qui devrait être une base de travail intéressante. Verdict le 4 décembre.

Sous son titre accrocheur, le projet des Verts dissimule des risques réels pour la mobilité à Genève. Brandir un sondage d’opinion montrant qu’une majorité de sondés (et non de la population) souhaite une priorité aux transports publics dans tout le canton ne doit pas nous berner. Pour pouvoir voter en connaissance de cause le moment venu, chaque Genevois devra savoir ce qui se passera concrètement en bas de chez lui si l’initiative est acceptée.

 

10:19 Publié dans Circulation, Genève, Mobilité, Politique genevoise | Tags : circulation, genève, in 154, mobilité, tpg | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

16/10/2014

Particules fines : tour de vis inutile

Qualité de l'air; pollution, politique genevoise

En mars 2014, Genève subit une brève pointe de pollution aux particules fines, mais le Gouvernement ne prit pas de mesures temporaires, le seuil d’urgence n’étant pas atteint. Aussitôt, plusieurs députés demandèrent le durcissement de ces mesures.

Durcir les mesures temporaires n’est pas judicieux car les conséquences pour les personnes et les entreprises seraient disproportionnées par rapport à l’impact hypothétique sur la qualité de l’air et donc sur la santé humaine. Il est beaucoup plus efficace de se concentrer sur les programmes à long terme, qui ont montré leur efficacité, et qui ne visent pas uniquement le transport routier.

Les particules fines (PM10) sont des poussières en suspension qui résultent des mécanismes de frottement et d'abrasion (rail, pneus, freins, travaux de chantier), des moteurs de véhicules, des machines de chantier, des chauffages et des incinérations industrielles. En Suisse, les émissions de PM10 ont pour origine l’agriculture et la sylviculture (27%), l’industrie (26%), les ménages (22%), le transport routier (18%) et le rail (6%).

Grâce aux politiques en vigueur en Suisse et à Genève, les émissions de PM10, toutes sources confondues, ont connu en 30 ans une baisse spectaculaire, baisse qui se poursuivra en raison du durcissement des normes antipollution s’appliquant aux véhicules, de la stratégie énergétique du canton et de la Confédération, et du plan cantonal de mesures Opair 2013-2016.

Le Conseil d’Etat dispose d’un arsenal d’urgence harmonisé avec les autres cantons. En cas de nécessité, il peut notamment imposer la circulation alternée, suspendre toutes les restrictions au stationnement, voire fermer la bretelle d’autoroute à la hauteur du Vengeron. Cependant, il n’a pas encore eu besoin de déclencher les mesures de limitation de la circulation, le premier seuil d’alerte n’ayant pas été dépassé. Faut-il dès lors abaisser ce seuil, et ajouter des mesures telles que l’interdiction de circulation des véhicules diesel privés, ou la gratuité provisoire des transports publics ? À toutes ces questions, il faut répondre non.

Les motionnaires à l’origine des demandes de restrictions de la circulation ne sont en effet pas en mesure de démontrer l’efficacité sanitaire de leurs revendications. L’efficacité des mesures à long terme est quant à elle attestée. Le canton dévoilera d’ici la fin de l’année la stratégie qu’il veut mettre en œuvre pour réduire encore davantage les émissions de PM10. Dans ces conditions, il semble sage de refuser des motions qui ciblent – comme par hasard – la circulation, dont les émissions sont pourtant en baisse constante.

 

14/05/2014

TPG et P+R: se plaindre ou avancer, il faut choisir !

Poursuivre le développement des transports publics et donner des possibilités supplémentaires aux automobilistes pendulaires de les utiliser : c’est en résumé la question à laquelle devront répondre les Genevois ce dimanche.

Le réseau de transports publics s’est accru de 40 % au cours des dix dernières années et la fidélisation des utilisateurs, notamment des jeunes, a été au centre de la stratégie des TPG. Si l’initiative – qui demande que les tarifs soient revus à la baisse pour certaines catégories d’usagers et inscrits dans la loi -  est acceptée, ce sont quelque 20 millions qui seraient perdus, soit l’équivalent du coût de fonctionnement de deux lignes urbaines. De plus, pénaliser les jeunes de 18 à 25 ans, à qui l’initiative refuse les tarifs réduits pour leurs abonnements, est une aberration puisqu’il s’agit d’un âge charnière pour fidéliser une clientèle.

La fluidité du trafic en ville dépend, entre autres paramètres, du nombre de véhicules qui s’y trouve. Donner la possibilité aux pendulaires de laisser leur véhicule dans un parking-relais en périphérie de l’agglomération et d’emprunter les transports publics pour y pénétrer est un moyen incitatif et efficace de restreindre le trafic de transit à Genève.

Refuser l’initiative sur les TPG et accepter la construction de P+R en France voisine sont deux bons pas en direction d’un trafic allégé en ville. Se plaindre indéfiniment ou avancer, dimanche, les Genevois devront choisir !