09/06/2016

Un Conseil des Etats déconnecté des réalités économiques

Le Conseil des Etats vient d’enterrer définitivement la nouvelle loi fédérale sur les heures d’ouverture des magasins. Ce projet prévoyait une harmonisation très modérée des horaires des commerces, pour leur permettre de rester ouverts jusqu’à 20h00 en semaine. Et ce, uniquement s’ils le désiraient, les magasins restant évidemment libres de fermer plus tôt.

Or, les sénateurs, pour l’occasion totalement déconnectés des réalités économiques de notre temps, n’en ont pas voulu en dépit de sa modestie. Sans surprise, ils ont été épaulés par une gauche syndicale qui a oublié que la défense des travailleurs, sa raison d’être, doit plutôt être de préserver les emplois que de pousser les employés vers le chômage. Selon la Fédération suisse du commerce de détail, le nombre de chômeurs a augmenté de 11% dans le commerce de détail en janvier 2016 par rapport à janvier 2015.

Salaires élevés, marché restreint, coût élevé du foncier et des loyers, zèle réglementaire, contraintes lourdes pesant sur la construction de places de parc, prix administrés, protection du marché agricole, hausse des taxes et redevances ne sont que quelques-uns des multiples handicaps qui font que le commerce de détail suisse sera toujours à la peine face à la concurrence étrangère. De chroniquement difficile, la situation est devenue critique depuis l’explosion des achats en ligne et, dernièrement, la chute de l’euro, qui a dopé le tourisme d’achat (11 milliards de francs en 2015).

Genève, canton pourtant parmi les plus touchés par le tourisme d’achat, connaît même des horaires parmi les plus restrictifs de Suisse. Et la représentation genevoise au Conseil des Etats, par son vote hier, a contribué à la persistance du problème. Les magasins français peuvent donc continuer à se frotter les mains : les bonnes affaires vont continuer.

La CCIG demande instamment que les autorités et les syndicats genevois prennent enfin pleinement la mesure du problème et dotent Genève d’une législation en matière d’heures d’ouverture des commerces en phase avec les nouvelles habitudes de consommation. Rappelons que Zurich, autre grand pôle économique suisse, permet à ses commerces d’ouvrir quand bon leur semble. L’hémorragie due au tourisme d’achat et la chute continue des chiffres d’affaires doit cesser. Il en va de milliers d’emplois et de l’avenir d’un pan entier de notre tissu économique. 

23/02/2016

Traversée du Lac : pour une mobilité plurielle

Le 28 janvier dernier, le Grand Conseil a approuvé l’initiative populaire « oui à la grande traversée du lac » et les Genevois se prononceront le 5 juin prochain sur ce sujet. Le débat parlementaire qui a précédé l’adoption du texte et le clivage gauche-droite du vote démontrent que nombre d’élus n’ont pas encore compris qu’en matière de transports, nous sommes entrés dans l’ère de la mobilité plurielle. C’est ainsi que la traversée du lac n’est pas seulement le maillon manquant pour boucler le périphérique autoroutier, mais qu’elle s’inscrit dans une politique beaucoup plus large de mise à niveau de nos infrastructures de transports régionales. Il s’agit en effet de  tenir compte des comportements contemporains en matière de déplacements.

Le Genevois est aujourd’hui multimodal. Il est tour à tour piéton, conducteur ou passager d’un véhicule privé, usager des TPG ou des CFF, voire cycliste en fonction du motif de son déplacement, de sa destination ou de la météo. Il attend des autorités qu’elles mettent à disposition les infrastructures capables d’absorber la hausse de la demande de mobilité. Et cette hausse est impressionnante : +66% pour le nombre de voyageurs sur Unireso entre 2004 et 2012, +128% pour le nombre de cyclistes franchissant les ponts du Rhône entre 2001 et 2011, +100% pour le nombre de voyageurs entre Genève et Lausanne entre 2000 et 2010, +51% pour le nombre de véhicules franchissant le Pont d’Aigues-Vertes sur l’autoroute de contournement entre 2000 et 2012.

Depuis le début des années 1990, le canton développe ses transports collectifs ; le RER sera mis en service dans trois ans, le réseau de tramway se prolonge peu à peu, Léman 2030 améliorera la desserte ferroviaire de toute la région. Le réseau cyclable grandit lui aussi.

Mais ni les transports collectifs ni la mobilité douce ne pourront absorber l’intégralité de l’augmentation de la mobilité consécutive à notre essor démographique et économique, à l’évolution de nos modes de vie et de nos habitudes de mobilité. Les transports individuels motorisés continueront à répondre à une partie considérable des besoins. Selon les chiffres officiels, 99,4% du réseau routier de 2025 existe déjà, et il ne reste que 24 km de réseau à construire, 10 km de routes cantonales (route des Nations, route d’accès Mon Idée-Communaux d’Ambilly, route de Montfleury, route d’accès de Bernex Nord, contournement de Perly, liaison Genève Sud) et 14 km d’autoroute (Traversée du Lac).

Ces 14 km d’autoroutes ne sont qu’un maillon des infrastructures de transport genevoises, mais ce maillon est indispensable à la mise en œuvre d’une stratégie multimodale, qui améliorera la qualité de vie des Genevois, tant pour les individus que pour les entreprises. L’autoroute de contournement actuelle nous semble aujourd’hui une évidence alors que le combat fut rude en 1980 avant le vote populaire ; nous devrions être reconnaissants à ceux qui ont rendu ce projet possible. Aujourd’hui, c’est notre tour de nous montrer courageux et visionnaires parce que, demain, la Traversée du Lac sera une évidence.

Pour avoir une vision d’ensemble, au niveau de la région, le schéma de cohérence lémanique des transports met en perspective à l'horizon 2030 l'ensemble des projets de transports et études en cours portés par les collectivités suisses et françaises du bassin lémanique. Celui-ci peut être consulté sur le site www.conseilduleman.org, sous actions/transport-communication, sélectionner « Mise à jour 2015 ».

26/11/2015

Traversée du lac : le dossier avance

La récente étude conduite par le Département des transports au sujet de la traversée du lac n’a pas suscité beaucoup d’échos. Elle est pourtant loin d’être dénuée d’intérêt. Elle permet en effet de poser avec précision les jalons qui permettront au canton de financer et de réaliser le bouclement autoroutier dans le timing prévu par le Conseil d’Etat, à savoir 15 ans. Elle témoigne aussi du sérieux avec lequel nos autorités continuent à monter ce dossier important.

Le Département de Luc Barthassat a confié à deux experts, Me François Bellanger et M. Ansgar Kauf, la mission de clarifier le processus et les étapes nécessaires en vue de la mise en œuvre – éventuelle – d’un péage routier et d’un financement sous forme de partenariat public-privé. Sur cette base, le Canton est maintenant en mesure de dresser une feuille de route précise.

En ce qui concerne le principe du péage, il est désormais avéré qu’une dérogation à la législation fédérale est possible à trois conditions cumulatives portant sur l’importance de l’investissement, le gain de temps et de productivité engendrés par l’infrastructure, ainsi que sur le niveau d’avancement du projet. D’ailleurs, le niveau d’avancement du projet est également essentiel pour évaluer l’intérêt d’un PPP par rapport à un financement entièrement public. L’étude ouvre également plusieurs pistes intéressantes permettant d’étoffer les financeurs publics ou parapublics, notamment du côté de la Banque européenne d’investissement, au titre de la dimension transfrontalière de l’ouvrage.

Quand elle sera réalisée, la traversée du lac changera radicalement la situation du canton en matière de trafic : le centre-ville sera complètement redessiné pour privilégier les activités urbaines et la mobilité douce, les axes routiers seront désengorgés et le développement territorial entre les deux rives sera rééquilibré de manière harmonieuse. En attendant, d’autres études devront être réalisées, qui porteront sur les aspects environnementaux, urbanistiques, économiques, etc. Fin 2017, la question du péage sera réglée ; fin 2019, le choix de réaliser ou non un PPP aura été fait.

Le dossier de la Traversée du lac avance donc bel et bien, ce qui devrait rassurer les partisans qui viendraient à douter que l’ouvrage se fera un jour. Le Conseil d’Etat y croit. Il nous le montre régulièrement. Et nous y croyons aussi.