Traversée du lac : le Grand Conseil doit donner un signal clair

Il n’y aura bientôt plus qu’à Genève que l’on se demande encore si la traversée du lac est nécessaire. Alors que le Grand Conseil va délibérer lors de sa session de janvier sur le projet de loi 12164, qui prévoit l’ouverture d’un crédit pour financer une partie des études d’avant-projet, il vaut la peine de se plonger dans la lecture du message que le Conseil fédéral a adressé au Parlement en automne dernier (message relatif au plafond des dépenses pour les routes nationales sur la période 2020–2023, à l’étape d’aménagement 2019 des routes nationales et au crédit d’engagement).

Avec une Suisse qui, dans 20 ans, comptera quelque 10 millions de d’habitants, les autorités ont la responsabilité de développer tous les modes de transport. En dépit des investissements importants consentis pour leur développement, les transports publics ferroviaires et urbains ne pourront pas absorber la hausse de la demande de mobilité. Les infrastructures routières doivent aussi être adaptées, et il faut décider maintenant, vu la longueur des procédures de réalisation.

Citons le message (p. 6976) « En complément (de l’élargissement systématique du réseau des routes nationales à au moins 2 x 3 voies), la réalisation de nouveaux éléments de réseau peut également s’avérer nécessaire dans certains cas. Sont concernées les zones des métropoles et des grandes villes dans lesquelles le réseau des routes nationales demeurera très encombré en dépit des projets d’extension déjà planifiés. Le risque d’embouteillages reste élevé dans ces secteurs et l’absence d’itinéraires bis peut compromettre durablement leur accessibilité en cas d’événement majeur ou de travaux complets de remise en état. Dans les zones concernées, une solution pourrait être de compléter les routes nationales existantes jusqu’à former un système de périphériques. Cela vaut par exemple pour les agglomérations de Genève, Lausanne, Bâle et Zurich. »

Certes, on peut espérer un certain désengorgement des routes nationales grâce aux mesures prévues dans le projet d’agglomération du Grand Genève qui mise sur la promotion d’un système de transport multimodal dont la pièce maîtresse est le Léman Express, sur l’aménagement et la réorganisation du réseau de bus et de trams, ainsi que sur le développement de l’infrastructure ferroviaire (accroissement de la capacité de la gare de Cornavin, augmentation des capacités et des cadences entre Lausanne et Genève). Mais – et c’est le Conseil fédéral qui le dit - celui-ci ne suffira de loin pas à résoudre les problèmes de capacité sur le réseau des routes nationales, imputables essentiellement à la structure dispersée de l’habitat en dehors des centres-villes, en particulier dans la partie française. « Sur l’ensemble du réseau des routes nationales de la région de Genève, il faut s’attendre d’ici à 2040 à des perturbations du trafic quotidiennes et durables. » (p. 7020).

Bâtir une infrastructure telle que la Traversée du lac est une entreprise de très longue haleine. Même si les modes de déplacement tendent à évoluer, la demande de mobilité continuera à croître et le bouclement de notre réseau autoroutier sera encore plus nécessaire demain qu’aujourd’hui. Sans périphérique, le centre de Genève étouffera de plus en plus, même en développant les transports publics et la mobilité douce.

Et quant à ceux qui imaginent que la digitalisation de la mobilité (voitures autonomes, etc.) va rendre toute nouvelle infrastructure routière superflue, ils nous font penser à ceux qui, il y a 30 ans, clamaient que les ordinateurs allaient faire disparaître le papier.

Comme le relève, une fois encore, le Gouvernement fédéral à la page 6950 du message, « les nouvelles technologies (vont) profondément modifier le système de transport mais il (n’est) pas encore possible de se prononcer avec suffisamment de fiabilité sur leurs effets concrets. L’incertitude prévaut également encore quant à la mesure dans laquelle les véhicules automatisés vont s’imposer et à quel rythme. Les nouvelles technologies permettront d’améliorer encore les offres intermodales, d’optimiser l’occupation des véhicules dans les déplacements privés et les transports publics et de mieux utiliser les infrastructures disponibles. Selon leur conception et leur utilisation, les nouvelles technologies peuvent toutefois produire également des effets contraires. C’est notamment le cas pour la route, qui pourrait même subir des encombrements supplémentaires avec l’apparition de nouveaux groupes d’usagers (personnes âgées, enfants et handicapés), de nouveaux types d’offres et une éventuelle diminution de l’occupation des véhicules due à des trajets à vide. En outre, des études récentes ont montré que les éventuels effets bénéfiques des véhicules automatisés sur la capacité de l’infrastructure routière ne se déploieront que si ces derniers réussissent à s’imposer largement, ce qui prendra encore beaucoup de temps. Compte tenu de ces nombreuses incertitudes, il serait risqué de différer les travaux prévus en attendant la formulation de conclusions plus fiables concernant les effets des nouvelles technologies. »

Le Groupement Transports et Economie espère que le Grand Conseil soutiendra donc la majorité de la commission des travaux qui a souhaité donner un signal politique clair et a proposé, afin d’être cohérent, de donner les moyens au Conseil d’Etat de finaliser l’avant-projet de crédit d’études en un seul crédit de 24,6 millions au lieu de pratiquer la tactique du salami, qui est rarement une bonne idée. Le 5 juin 2016, le peuple genevois a clairement accepté à 62,83% l’initiative cantonale « Oui à la grande Traversée du lac » ; il attend de ses élus un engagement ferme. Maintenant.

 

Commentaires

  • Je vois. C'est donc la fuite en avant et l'absence complète de remise en question. Vous l'aurez voulu.
    Car ce qui se profile me semble évident et va faire très mal.
    - Le chantier de l'agrandissement de Cornavin va démarrer et durer près de 15 ans. L'enfer programmé au centre de la cité sans alternative de dérivation crédible.
    - La traversée autoroutière du lac sera abandonnée faute de financement et malgré les millions dépensés en études pilotées qui font abstraction des contraintes environnementales dans lesquelles vont s'engouffrer les opposants.
    - Avec un plafonnement de l'engagement par la Confédération à 8,160 milliards dont plus de la moitié sera affecté au deuxième tunnel du Gothard pour les années 2020 à 2023, on comprend à quel point Genève ne recevra pas le dixième de ce dont elle aurait besoin pour rattraper le retard.

    Je suis sidéré par l'aveuglement de nos élus et par leurs façons de se considérer comme des experts et prendre les citoyens pour des imbéciles. La chute sera brutale pour tout le monde, mais personne n'assumera ses responsabilités. Tout le monde se renvoie déjà la balle comme nous pouvons le vérifier dans les courriers hallucinants entre M. Weibel et l'OFT.

    Au vu de votre persistance à ne pas vouloir étudier les alternatives crédibles que des gens du terrain comme moi, ou des ingénieurs compétents comme M. Weibel, proposent, sachez que je consacrerai dorénavant le peu d'énergie et de motivation qui me reste à combattre le projet de traversée autoroutière du lac alors que je suis un des grands défenseurs de la mobilité au sens général. Et je vous laisse imaginer à quel point vous manquerez de soutien lorsque vous devrez défendre l'indéfendable, comme vous le faites ici, sans moyens et avec une opposition féroce des milieux écologistes qui ne manquent pas d'arguments pour réduire à néant le projet du Conseil d'Etat. D'ailleurs, j'ai cru comprendre que même le magistrat actuellement en charge du dossier n'y crois plus et de toutes façons n'aura pas le temps nécessaire pour le faire avancer.

  • Des pédalos pour tous les citoyens genevois!

  • " Le 5 juin 2016, le peuple genevois a clairement accepté à 62,83% l’initiative cantonale « Oui à la grande Traversée du lac » ; il attend de ses élus un engagement ferme. Maintenant. "

    Oui, mais ce même peuple ne s'est pas prononcé sur le tracé de cette traversée, or le crédit d'études se réfère au projet du Conseil d'Etat, soit entre le Vengeron et la Pointe à la Bise, une zone protégée et des conditions géologiques très défavorables, selon le Professeur Walter Wildi (dixit), hydrogéologue ...

  • En 1988 les Genevois ont plébiscité le projet de traversée de la rade par 68,5 % des voix. Il est donc un peu facile de mettre en avant la nouvelle volonté populaire qui est susceptible de changer à nouveau lorsque nous réaliserons que la traversée autoroutière ne pourrait (et j'utilise le conditionnel à dessin) voir le jour qu'à l'horizon 2045, soit bien trop tard pour atténuer le blocage permanent de la ville. Il est aussi piquant de vérifier le forcing que le Conseil d'Etat entend imposer malgré les dénégations répétées de Mme Hardyn sur son blog qui nous assurait que le tracé n'était pas définitif.
    http://nathaliehardyn.blog.tdg.ch/archive/2016/02/23/traversee-du-lac-pour-une-mobilite-plurielle-274302.html
    http://nathaliehardyn.blog.tdg.ch/archive/2016/05/09/traversee-du-lac-bouclons-la-boucle-275924.html
    Nous allons vraisemblablement assister au même psychodrame qui a réduit à néant la volonté populaire de l'époque par une refus du pont et du tunnel. Ici le combat se fera sur le tracé mais entre-temps des millions seront dépensés à vide car des études font d'ores et déjà mention de zones protégées dont le tracé officiel semble faire fi.

  • Page 21 du PL 12164, M. Loretan président du Conseil Consultatif reconnait :
    "À titre personnel, il n’exclut pas, le moment venu, qu’ils aient besoin, pour déterminer la traversée du lac, de nouvelles votations populaires."

  • Je tiens aussi à relever que l'art. 3 al.2 let.c LMCE prévoit le U lacustre dans l'attente d'un bouclement autoroutier par une traversée du lac.

    Il s'agit de comprendre qu'une traversée routière de la rade, outre le fait qu'elle serait accessible financièrement et utilisable rapidement, rempli l'objectif de bouclement autoroutier par ses accroches à la route de Malagnou, axe fluide et direct vers l'autoroute blanche et le hub des Nations justifiant l'ouvrage important de la route des Nations depuis l'A1 qui en l'état, termine en cul de sac derrière le palais des Nations.

    La solution provisoire de considérer le U Lacustre comme une quasi autoroute via l'hyper-centre jusqu'en 2045 est une aberration majeure dont la population se rendra à l'évidence à très court terme.

  • Dans la "Présentation de l’étude de faisabilité financière de la banque Edmond de Rothschild par le département des finances, représenté par M. Pierre Béguet, directeur général des finances, et M. Alan Rosset, responsable budgets investissements" on découvre qu'aucun investisseur privé ne serait prêt à se lancer dans un tel projet en dessous d'un rendement de 12%. A cette lumière on comprend déjà que le PPP doit être abandonné.
    Quant au péage, comme le relève très justement un député de la commission, aucun Genevois n'acceptera de payer le montant incompressible de 6,70 par passage. Mais même avant de considérer cet obstacle quasi insurmontable qui implique, faut-il le rappeler, une dérogation de la Confédération sur le principe, il faut comprendre que personne ne se résignera à monter à la Pallanterie pour traverser le lac. L'impact sur le trafic en ville sera donc négligeable, voire nul.

Les commentaires sont fermés.