10/01/2018

Se déplacer à Genève: un défi quotidien

En panne de sujet de conversation lors d’une soirée ? Lancez la discussion sur la mobilité à Genève et les langues se délient instantanément. Qu’il soit piéton, cycliste, usager des TPG ou automobiliste, le Genevois se plaint de la circulation à journée faite, ou presque. Serait-ce que nous sommes tous des râleurs invétérés ? Pas seulement. Même si toutes les grandes régions métropolitaines connaissent des embouteillages et autres problèmes de circulation, notre canton fait figure de cas particulier.

Sa topographie est tout à fait singulière : à l’extrême ouest de la Suisse, bordé par la France sur 103 kilomètres alors que la longueur de la frontière séparant Genève du canton de Vaud n’est que de 4,5 km, coupé en deux par le lac Léman et le Rhône, sans périphérique autoroutier. Pendant des années, la Berne fédérale a mis la priorité, dans le domaine des infrastructures de transport, sur l'axe Nord-Sud, délaissant l'axe Est-Ouest. Aujourd'hui encore, Genève éprouve beaucoup de difficultés à convaincre les autorités fédérales de délier leur bourse pour ses projets tant ferroviaires que routiers.

Sur le plan économique, avec plus de 36'000 entreprises sur son territoire, son rayonnement international dû à la présence de nombreuses organisations internationales, le canton affiche un dynamisme tel que la population active (230'871 personnes en 2015) ne suffit pas à occuper tous les emplois existants (369'600 en 2015). Cet état de fait engendre des mouvements pendulaires qui se font en transports publics quand l’offre existe (c’est le cas pour les pendulaires vaudois) et d’autres mouvements qui se font en voiture quand l’offre en transports publics est déficiente (c’est le cas pour les pendulaires résidant en France).

Ajoutez une politique du logement qui pendant des décennies a chassé une partie des actifs à l’extérieur du canton, des clivages gauche-droite stériles qui ont empêché la classe politique d'unir ses forces pour développer l'ensemble des modes de transport en parallèle et les multiples oppositions qui ralentissent pour ainsi dire tous les projets ; tous les ingrédients sont réunis pour aboutir à la gabegie que nous vivons tous chaque jour ou presque.

Cahin-caha, le canton rattrape peu à peu son retard dans le développement des infrastructures de transport tout en veillant, enfin, à mieux coordonner aménagement du territoire et mobilité. Dans deux ans, le Léman Express devrait être inauguré et décharger des rues une bonne partie de la circulation pendulaire venant du Genevois français. Du côté du rail, le fonds d'infrastructure fédéral permet peu à peu de développer la liaison avec le canton de Vaud et en principe améliorer la liaison entre la gare de la Plaine et Cornavin. L'autoroute de contournement sera élargie prochainement et, à un horizon plus lointain, la traversée du lac devrait voir le jour en parallèle avec l'urbanisation de la rive gauche qui permettra de rééquilibrer un petit peu les activités économiques et l'habitat entre les deux rives.

Ces grands projets ne seront cependant pas suffisants pour pacifier le trafic dans les centres urbains, améliorer la desserte des zones industrielles, résoudre les problèmes du transport professionnel et soulager les communes périphériques du trafic pendulaires. Les besoins sont encore considérables: routes de contournement, développement des transports publics, parkings-relais, parkings associés à la création de zones piétonnes, stationnement des deux roues motorisés, sécurisation et développement des itinéraires de mobilité douce, etc. Le tout en coordination étroite avec les projets de nouveaux quartiers qui doivent prendre en compte que le "zoning" ne fonctionne plus et qu'il est indispensable de rapprocher marchandises, logement et travail.

Pour couvrir tous ces besoins, les investissements nécessaires seront considérables et ce ne sera pas une mince affaire de trouver les fonds compte tenu de la mauvaise mine du ménage cantonal. Des arbitrages devront être faits, des priorités posées. Mais une chose est sûre : les Genevois ne veulent plus être condamnés à attendre dans les bouchons ou aux arrêts TPG.

(Article paru dans Le Nouveau Genevois, n° 9, novembre-décembre 2017)

13:50 Publié dans Circulation, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |