23/02/2016

Traversée du Lac : pour une mobilité plurielle

Le 28 janvier dernier, le Grand Conseil a approuvé l’initiative populaire « oui à la grande traversée du lac » et les Genevois se prononceront le 5 juin prochain sur ce sujet. Le débat parlementaire qui a précédé l’adoption du texte et le clivage gauche-droite du vote démontrent que nombre d’élus n’ont pas encore compris qu’en matière de transports, nous sommes entrés dans l’ère de la mobilité plurielle. C’est ainsi que la traversée du lac n’est pas seulement le maillon manquant pour boucler le périphérique autoroutier, mais qu’elle s’inscrit dans une politique beaucoup plus large de mise à niveau de nos infrastructures de transports régionales. Il s’agit en effet de  tenir compte des comportements contemporains en matière de déplacements.

Le Genevois est aujourd’hui multimodal. Il est tour à tour piéton, conducteur ou passager d’un véhicule privé, usager des TPG ou des CFF, voire cycliste en fonction du motif de son déplacement, de sa destination ou de la météo. Il attend des autorités qu’elles mettent à disposition les infrastructures capables d’absorber la hausse de la demande de mobilité. Et cette hausse est impressionnante : +66% pour le nombre de voyageurs sur Unireso entre 2004 et 2012, +128% pour le nombre de cyclistes franchissant les ponts du Rhône entre 2001 et 2011, +100% pour le nombre de voyageurs entre Genève et Lausanne entre 2000 et 2010, +51% pour le nombre de véhicules franchissant le Pont d’Aigues-Vertes sur l’autoroute de contournement entre 2000 et 2012.

Depuis le début des années 1990, le canton développe ses transports collectifs ; le RER sera mis en service dans trois ans, le réseau de tramway se prolonge peu à peu, Léman 2030 améliorera la desserte ferroviaire de toute la région. Le réseau cyclable grandit lui aussi.

Mais ni les transports collectifs ni la mobilité douce ne pourront absorber l’intégralité de l’augmentation de la mobilité consécutive à notre essor démographique et économique, à l’évolution de nos modes de vie et de nos habitudes de mobilité. Les transports individuels motorisés continueront à répondre à une partie considérable des besoins. Selon les chiffres officiels, 99,4% du réseau routier de 2025 existe déjà, et il ne reste que 24 km de réseau à construire, 10 km de routes cantonales (route des Nations, route d’accès Mon Idée-Communaux d’Ambilly, route de Montfleury, route d’accès de Bernex Nord, contournement de Perly, liaison Genève Sud) et 14 km d’autoroute (Traversée du Lac).

Ces 14 km d’autoroutes ne sont qu’un maillon des infrastructures de transport genevoises, mais ce maillon est indispensable à la mise en œuvre d’une stratégie multimodale, qui améliorera la qualité de vie des Genevois, tant pour les individus que pour les entreprises. L’autoroute de contournement actuelle nous semble aujourd’hui une évidence alors que le combat fut rude en 1980 avant le vote populaire ; nous devrions être reconnaissants à ceux qui ont rendu ce projet possible. Aujourd’hui, c’est notre tour de nous montrer courageux et visionnaires parce que, demain, la Traversée du Lac sera une évidence.

Pour avoir une vision d’ensemble, au niveau de la région, le schéma de cohérence lémanique des transports met en perspective à l'horizon 2030 l'ensemble des projets de transports et études en cours portés par les collectivités suisses et françaises du bassin lémanique. Celui-ci peut être consulté sur le site www.conseilduleman.org, sous actions/transport-communication, sélectionner « Mise à jour 2015 ».

Commentaires

Un peu d'historique récent :
Suite au refus de la traversée de la Rade qui a été favorisé par les milieux économiques pour des raisons de politique politicienne, les élus du centre droit se sont sentis investis d'une mission et en ont profité pour ce profiler sur ce projet de traversée autoroutière du lac.
Beau joueurs, les initiants ont rejoint les rangs car ils pensent que ce projet est aussi valable bien que complémentaire.
En effet, cette traversée autoroutière, du moins le tracé qui nous a été proposé, ne résoudra nullement les problèmes d'engorgement de la ville car il est dédié au trafic de transit qui, pour le moment, emprunte l'autoroute du contournement ouest.

Alternative crédible :
Le projet Weibel, dont personne ne parle pour des raisons obscures et inavouables, règle plusieurs questions. Non seulement il clôt les liaisons autoroutières, mais il libère le centre du trafic parasitaire et permet d'éviter l'agrandissement de Cornavin, qui ne sera de toute façon pas suffisant à terme, en bouclant le ferroviaire. http://mobilite.blog.tdg.ch/archive/2015/10/30/geneve-route-et-rail-31-la-confederation-paiera-une-traverse-271377.html

Scénario probable :
Comme en 1998 et en 2013 où les partisans et opposant se bagarraient sur les alternatives de pont ou de tunnel, ou de traversée du Lac versus Rade, nous vivrons la même psychose et le peuple balaiera l'objet pour le plus grand bonheur de la Confédération qui pourra consacrer ces ressources ailleurs.

C'est pathétique et ça nous donne une idée du niveau d'incurie de nos élus qui ne pensent qu'à engranger des victoires politiques en se foutant des préoccupations des Genevois. Il sont obligés de fermer les yeux devant les réalités actuelles et les chiffres que vous mentionnez, quel que soit leur bord politique. C'est lamentable et préoccupant.

Voici un lien qui confirme vos projections : http://www.tdg.ch/economie/Ecommerce-et-franc-fort-saturent-les-routes-de-Suisse/story/13226263

Écrit par : Pierre Jenni | 23/02/2016

Euh… vous dites que la traversée du lac ne résoudrait pas les problèmes d'engorgement du centre-ville ? Relisez vos classiques… les études tant de l’Office fédéral des routes que du canton ont conclu que la traversée autoroutière du lac permet de soulager plusieurs sections du réseau routier, en particulier dans le centre-ville, sur le pont du Mont-Blanc et sur les quais, avec des réductions du trafic entre 20% et 30%. En plus, la traversée permettrait une meilleure accessibilité de la rive gauche (on n’aura plus besoin de partir la veille au soir pour arriver à l’aéroport ou à Versoix le lendemain)...

La traversée du lac permet de fluidifier le trafic sur l’autoroute de contournement, de désenclaver la rive gauche et permettra de sortir du centre-ville un trafic qui n’a rien à y faire. On circulera mieux et on respirera mieux aussi… Après ça, s’il y en a qui veulent se plaindre que la mariée soit trop belle :-)

Écrit par : Jean Poche | 23/02/2016

Cher Pierre,
Heureuse de voir que vous soutenez le principe d’une traversée du lac, car c’est bien sur un principe que nous voterons en juin. Nous ne voterons pas sur un tracé. Cela étant, la base de travail est le dossier que l’Etat de Genève défend et qui est présenté sur www.ge.ch/traverseedulac.
Vous êtes donc dans l’erreur quand vous écrivez que les problèmes d’engorgement du centre-ville persisteront puisque le projet cantonal est assorti de mesures d’accompagnement au centre.
Quant au projet de l’ingénieur à la retraite que vous citez, il s’agit d’un projet beaucoup plus proche du centre-ville. Le tracé part du Vengeron, file au sud en longeant le lac et ressort sur Malagnou. L'Office fédéral des routes avait étudié un tracé assez proche de celui de cet ingénieur vaudois. Mais ce tracé n'a pas été jugé optimal, notamment en termes de transformation du centre-ville. Et de toute manière, comme je vous l’ai dit, nous voterons sur un principe, pas sur un tracé ni sur la forme de l’ouvrage. Vous qui êtes un homme sage, vous ne voulez sans doute pas contribuer à créer de la confusion dans l’esprit des Genevois qui veulent que la traversée se fasse enfin, pour sortir de la ville les véhicules en transit et diminuer la circulation au centre. Je compte donc sur vous pour ne pas vous joindre au chœur des soi-disant partisans de la traversée du lac qui à force de répéter « oui, mais pas comme ça » ne feront que semer la zizanie dans les esprits.

Écrit par : Nathalie Hardyn | 23/02/2016

Je vous comprends. Mais ce sera difficile pour moi de ne pas communiquer selon mes convictions et surtout mon expérience de terrain.
Je vis la ville au quotidien depuis bientôt 40 ans au volant d'un taxi. Je sens la ville et sais intuitivement ce qu'il faut faire pour que ça fonctionne. Je prétend donc savoir mieux que les experts de l'OFROU ce qui permettrait de régler nos problèmes de mobilité dans notre Canton.

J'ai toujours défendu les deux options, rade et lac, qui sont complémentaires, seulement nous n'avons pas les moyens de nos ambitions et la traversée autoroutière, dans ces conditions, est un luxe que nous ne pouvons pas nous payer.

A moins de privilégier le compromis Weibel.
Nous aurons encore amplement l'occasion d'en discuter, mais vous savez comme moi que l'OFROU conditionne le tracé de la Pallanterie à un développement du quartier.

C'est maintenant qu'il faut préparer le terrain et sensibiliser les partisans d'une traversée du lac à un tracé crédible.

Écrit par : Pierre Jenni | 23/02/2016

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