07/09/2015

Coup de projecteur sur l’initiative cantonale « Pour des transports publics plus rapides ! »

tpg.jpgLa vitesse commerciale et, plus généralement, l’efficacité générale des transports collectifs est un objectif largement partagé. Mais les mesures efficaces sont préférables aux effets d’annonce. Voilà pourquoi le Groupement Transports et Economie (www.gte.ch), comme le Grand Conseil d’ailleurs, s’oppose à l’initiative des Verts « Pour des transports publics plus rapides ! » En proposant une solution simpliste à un problème complexe, l’initiative manquera fatalement son objectif. Au surplus, elle touchera le trafic professionnel de plein fouet. En accroissant en réalité les engorgements, elle entraînerait une dégradation des conditions de circulation des véhicules professionnels.
 
Genève et ses transports collectifs : une mauvaise performance toute relative
Les TPG ne sont pas les transports collectifs les plus rapides de Suisse mais, contrairement à ce que pense plus d’un Genevois, leur performance n’est pas si mauvaise que cela. L’association actif-trafiC a ainsi publié en 2012 une comparaison de 53 réseaux de transports collectifs suisses, englobant aussi bien les grandes villes du pays que les régions périphériques. Et Genève fait très bonne figure en se classant troisième, derrière Zurich et St-Gall, devant d’autres grandes villes comme Berne (5e), Fribourg (12e), Bâle (15e) ou encore Lausanne (17e). En élargissant le champ d’analyse au-delà de la simple question de la vitesse commerciale et en considérant des variables comme le prix, la fréquence de passage et l’âge du parc de véhicules, l’étude permet de se rendre compte que les TPG sont parmi les transports collectifs les plus concurrentiels du pays. Avec l’inauguration du CEVA, la performance genevoise s’en trouvera encore améliorée.
 
La vitesse commerciale : une variable plus complexe qu’il n’y paraît
Les Verts affirment vouloir s’attaquer au handicap de la vitesse commerciale en généralisant partout et en tout temps les ondes vertes pour les seuls transports collectifs. Mais la vitesse commerciale et l’efficacité générale des transports en commun sont-elles le seul fait de questions de priorité ? L’absence de priorité absolue aux transports collectifs explique-t-elle que l’aigle genevois circule plus lentement en transports collectifs que l’ours bernois ? Rien n’est moins sûr. La vitesse commerciale est ainsi également tributaire de la configuration des lieux, de la proximité entre arrêts, des flux de passagers, et ainsi de suite. Et force est d’admettre que Genève n’a malheureusement pas les meilleures cartes en main.
Lorsque l’ours bernois file sur une Monbijoustrasse aussi large que rectiligne, l’aigle genevois est au même moment en train de zigzaguer péniblement entre la Rue du Stand, la Place Bel-Air et la Rue de Coutance, tout en stoppant à de multiples arrêts et en s’efforçant de ne pas écraser des piétons aussi pressés que distraits. De quoi, effectivement, perdre des plumes en termes de vitesse…
 
Un remède de nature à achever le patient plutôt qu’à le guérir…
Le caractère simplificateur de l’initiative la rend contreproductive. En effet, compte tenu de la densité du réseau routier genevois et de sa configuration, la priorisation absolue des transports publics rendrait justement impossible la gestion des carrefours en vue de maximiser leur capacité et la fluidité générale du trafic. On verrait apparaître des situations où la priorité accordée aux transports collectifs sur un axe dit « fort » (la rue de la Servette par exemple) paralyserait la circulation sur tous les axes perpendiculaires et, partant de là, sur l’ensemble du réseau routier du périmètre. À la clé, non pas une fluidité accrue de la circulation, mais bel et bien sa paralysie accrue. Et tous les usagers de la voirie en seraient les victimes.
Les initiants se contenteront de répondre qu’il suffit de développer les sites propres. Or la configuration des rues empêche d’instaurer des sites propres partout, sauf à supprimer le trafic individuel sur la majeure partie du réseau routier, ce qui est exclu du point de vue du Groupement Transports et Economie.
Plutôt que de raisonner en termes absolutistes, Genève doit miser sur gestion intelligente et différenciée des flux de circulation. Et cette manière de faire est déjà privilégiée aujourd’hui. Les transports collectifs bénéficient ainsi de la priorité aux carrefours où cela a du sens. En parallèle, il existe moult possibilités d’améliorer la vitesse commerciale des transports collectifs sans nuire outre-mesure à celle du trafic individuel. Il en est ainsi par exemple de la voie réservée aux bus sur le Pont du Mont-Blanc.
 
Un simplisme à refuser
La priorisation des transports collectifs doit se faire de manière intelligente, en tenant compte de la configuration des lieux et des contraintes du réseau routier pris dans son ensemble. Cette priorisation est déjà en place en de nombreux endroits où cela a du sens et l’initiative n’en est que plus inutile.
La Commission des transports du Grand Conseil s’étant déclarée en faveur de l’élaboration d’un contreprojet, encourageons les députés à prendre en compte les besoins de tous les usagers et de tous les modes, dans une optique de fluidité de la circulation et de gestion intelligente des flux. Le trafic professionnel doit aujourd’hui déjà composer avec des conditions difficiles. Evitons donc de lui mettre de nouveaux bâtons dans les roues !

 

Crédit photo: TPG

11:15 Publié dans Air du temps, Circulation, Economie, Genève, Mobilité | Tags : tpg, mobilité, circulation, in 154 a, transports publics | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Sagement dit. Je ne m'encombrerai pas de formules diplomatiques pour dénoncer la calamité qu'a engendré la politique des Verts à la mobilité.
L'exemple de la Servette est justement très parlant. Il n'est plus possible pour les particuliers de s'engager sur ce qui était auparavant un axe majeur. Du coup, autant le dédier aux bus et trams, ce ne pourra être pire.

Les sites propres sont un non sens. Il suffit de prendre exemple sur Zurich qui permet la circulation mixte et de traverser la plupart des voies de bus par des lignes discontinues afin de pouvoir joindre les petites traverses.

Par leur idéologie anti-bagnoles, ces citadins bobos et déconnectés des réalités professionnelles qui exigent une mobilité optimale pour ne pas faire exploser le budget et les factures, provoquent justement les encombrements qu'ils dénoncent. Et pas seulement pour les transports individuels motorisés (TIM) mais pour les transports publiques qui ne peuvent plus traverser les carrefours. Diminuant d'autant leur vitesse commerciale.

On a affaire à une sorte de dictature bien pensante de quelques visionnaires qui voudraient transformer les centres urbains en paradis naturels.
Nous y viendrons un jour, mais c'est pour dans pas mal de temps. En attendant, faisons en sorte que tout le monde puisse circuler en suivant le plan du département des transports qui prévoit des zones prioritaires, le rétablissement des axes à ondes vertes, des feux clignotants à partir de minuit.

On attends toujours les résultats du groupe de travail mis en place par quelques députés, dont M. Wenger et Mme Mazzone...

Écrit par : Pierre Jenni | 07/09/2015

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