31/01/2014

Traversée de la Rade : un contre-projet ? et pourquoi pas ?

Émoi dans le landerneau politique depuis que la commission des transports du Grand Conseil a rejeté l’initiative « pour une traversée de la Rade » (IN 152) et s’est montrée favorable à l’idée d’élaborer un contre-projet. Lors de son audition, le Groupement Transports et Economie (GTE) avait estimé qu’envisager l’élaboration d’un contre-projet n’était pas dénué d’intérêt. La Genève de 2014 n’est plus celle de 2004 et il faut en prendre acte avant de plaquer sur cette nouvelle Genève un projet datant de dix ans sans en changer un iota.

Le projet à l’origine de l’initiative 152 avait reçu le soutien du GTE. Mais il avait ses limites, déjà à l’époque. Ainsi, la traversée urbaine ne résolvait pas les problèmes de mobilité du canton et de la région en raison de son périmètre d’influence restreint au centre-ville.

Les études de trafic ont été actualisées ces derniers mois. Si l’on considère l’heure de pointe du soir, sur les principaux tronçons concernés, le trafic augmenterait considérablement à l’horizon 2020: Rue de Lausanne + 40%, Avenue de France +50%, Quai Gustave-Ador +20%, rampe de Cologny +30%, Route de Malagnou +10%. Le trafic sur le Pont du Mont-Blanc diminuerait en revanche de 45%. Pour éviter la saturation des carrefours d’accroche (Avenue de France, Port-Noir, Route de Malagnou), aucune solution idéale n’a encore été présentée.

Les projections de développement de la région calculées en 2004 se sont révélées erronées : la population avait été évaluée à 830'000 habitants, elle était déjà de 918'000 en 2012 ; le nombre d’emplois avait été estimé à 424'000, il a atteint 440'000 voici deux ans. De plus, les projets tels que le CEVA, le futur élargissement de l’autoroute et la grande traversée du lac ont aussi changé la donne.

La grande traversée est finançable par la Confédération, voire par un partenariat public-privé. Elle est absolument indispensable pour le développement du canton et le désengorgement du centre-ville. La traversée urbaine devrait être financée par le canton, pour un montant estimé aujourd’hui à plus d’un milliard de francs. À l’heure où les finances genevoises sont à la peine, il faut éviter de compromettre la réalisation d’autres projets routiers essentiels (route des nations, Genève Sud, par exemple). Dans ces conditions, le GTE estime qu’il vaut la peine que le Grand Conseil se donne le temps d’examiner la meilleure solution possible et réfléchisse à un contre-projet, dont à ce stade – il est prématuré de dessiner les contours.

13:17 Publié dans Circulation, Politique genevoise | Tags : in 152, traversée de la rade, traversée du lac | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Article paru le 31 janvier dans la Tribune de Genève, rubrique "Expert Mobilité". Malheureusement, la rédaction a changé le titre initial, créant la confusion chez certains lecteurs! Dans mon article, j'entendais mettre l'accent sur la traversée de la rade! d'où mon titre "Traversée de la Rade : un contre-projet ? et pourquoi pas ?"

Écrit par : Nathalie Hardyn | 31/01/2014

Effectivement, le temps de la réflexion, quand il est raisonnable, s'impose : pourquoi vouloir à tout prix un projet probablement dépassé par la croissance largement supérieure aux prévisions de Genève, alors qu'il y aurait possibilité de lui opposer une alternative meilleure ? Cela fait cher la réalisation symbolique !
En ce sens, la Traversée du Lac n'est pas forcément cette alternative mais pour le savoir, il faut se poser sérieusement la question.
Surtout, ne cédons pas à l'irrationnel et à la précipitation : même si la population genevoise devait finalement plébisciter la traversée de la Rade (ce dont je doute un peu ...), les obstacles financiers, juridiques et formels à sa réalisations risquent de se révéler redhibitoires, alors qu'un contreprojet de qualité éviterait ces éceuils.
Un bon projet vaut mieux qu'une mauvaise réalisation !

Écrit par : Nicolas Rufener | 31/01/2014

C'est un projet utile, structurant mais fort coûteux. J'espère que les acteurs de sa réalisation sauront en faire un monument majestueux, à l'opposé de projets plus ou moins bien dissimulés, sans âme, fades et ... tout aussi coûteux !

Écrit par : archi-bald | 31/01/2014

Traversée du Lac, traversée de la rade? Je ne suis pas sûr que la question essentielle soit celle-ci. Je propose plutôt d'examiner celle-là: la traversée doit-elle aussi servir au chemin de fer, que Genève a décidé d'adopter.

La réponse, en partie tout au moins, découle de cette analyse: le pendulaire qui veut se rendre de Coppet (ou Versoix, ou Nyon) à Champel ou Carouge, peut, si le rail traverse le Lac ou la rade, choisir de passer par Cornavin ou de traverser le Lac. Sans traversée, il ne lui est offerte qu'une possibilité, passer par Cornavin. Une fréquence d'un quart d'heure paraît souhaitable. Avec la traversée du Lac, qui lui offre deux itinéraires, par Cornavin et par le Lac, il suffit d'un train toutes les demi-heures. Sans traversée du Lac, il faut 4 trains par heure. La traversée du Lac réduit de moitié la charge à Cornavin. Avec la traversée du Lac, et aussi, pour une raison analogue, le raccordement direct de l'aéroport à la ligne de Lausanne, la charge de la gare de Cornavin est réduite de moitié. La gare de Cornavin est désormais largement suffisante, dans son état actuel, pour répondre aux besoins de capacité à très long terme.

Écrit par : weibel | 31/01/2014

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