04/09/2013

La vieille dame

Je ne la vois pas monter dans le bus. Je ne l’entends pas pleurer tout de suite. Le bus ne démarre pas. Le chauffeur se lève et se dirige vers elle : « ça ne va pas Madame ? » Brouhaha. Murmures. Je me retourne. Je ne la distingue pas, elle est recroquevillée sur son siège. Le bus démarre. La femme continue à gémir. Deux arrêts plus loin, elle descend.
 
Je la vois maintenant. C’est une femme âgée, frêle. Elle titube. Elle s’affaisse dans un buisson épineux. Une jeune femme descend, l’aide à se relever. Ce n’est pas mon arrêt. Je descends. Le chauffeur prévient la centrale. La passagère est hors du véhicule. Il ne peut rien faire, seulement appeler une patrouille de police.
 
La jeune femme et moi prenons la vieille dame par le bras. Elle pleure toujours, se débat : « laissez moi, je veux rentrer chez moi. » Elle sent l’alcool. Mais l’alcool n’est pas son seul problème. Nous lui demandons son nom, son adresse. Est-ce que quelqu’un l’attend chez elle ? A deux, nous parvenons à peine à la maintenir debout. Nous tentons de la consoler. En vain, évidemment.
 
Maintenant devant chez elle, nous ne pouvons pas la laisser seule. Et si l’appartement était vide ? Et si elle se jetait par la fenêtre ? Quelqu’un doit la connaître dans le quartier. J’entre dans la pharmacie proche. Oui, elle est connue. Oui, elle a des problèmes. Une employée vient nous aider.
 
J’appelle le 144. Une femme sort de l’immeuble. Elle connaît la vieille dame, la prend dans ses bras. Toujours des pleurs. Doigts jaunis, la vieille dame veut fumer. J’allume sa cigarette. Nous l’asseyons sur un escalier, attendons l’ambulance. Un jeune homme sort de l’immeuble. C’est son fils. Tristesse dans les yeux. Il a l’habitude.
 
J’entends la sirène. Pleins de douceur, les ambulanciers essaient de réconforter la vieille dame. Elle sanglote toujours. Ils vont prendre ses constantes. Je pars en souhaitant bon courage au jeune homme.
 
Je tremble. Je n’ai pas l’habitude, moi. Je me demande si tendre la main fait souffrir plus longtemps que détourner le regard.
 
La vieille dame m’a déjà oubliée. Je ne l’oublierai pas

17:06 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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